Changer le nom des partis politiques, c’est dans l’air du temps. On évoque l’UMP mais c’est surtout celui du Front national qui semble agiter la blogosphère. Les pour estiment qu’une telle mesure viendrait parachever la dédiabolisation du parti et ouvrirait la voie à des alliances, les contre y voient confusion quand ce n’est pas tout simplement trahison. Pourtant une question absolument essentielle semble totalement éludée. Pourquoi le FN n’est-il pas traité comme les autres partis?

La diabolisation du Front national ne date pas, comme on le croit souvent, de son origine (1972), mais de 1988. Avant ce tournant, le FN était juste perçu comme un parti d’extrême droite foncièrement anti-gaulliste qui rassemblait les nostalgiques de l’ française, et ce n’était pas un hasard si l’UDF était alors le parti avec qui les ententes électorales étaient les moins compliquées. Aux régionales de 1986, l’apport des voix FN sera même déterminant pour élire cinq présidents de région sur les neuf remportées par la coalition RPR-UDF. Tout change l’année suivante, avec la fameuse affaire du détail qui annonce l’entrée fracassante du marqueur de l’ dans le débat médiatique. Lors d’un entretien secret organisé par Charles Pasqua entre les deux tours de la présidentielle, à la grande surprise de Jean Marie Le Pen, Jacques Chirac – pourtant donné battu dans les sondages – lui demanda de ne pas lui apporter son soutien. La diabolisation était née ; la suite, vous la connaissez : Carpentras, l’affaire Millon, le 21 avril 2002, etc.

D’aucuns jugent aujourd’hui cette époque révolue, arguant par exemple de l’arrivée de issu des rangs chevènementistes, parfaite illustration de cette rupture avec le passé. C’est oublier que l’UMP, le PS et les ont plus que jamais un intérêt vital à entretenir la diabolisation du FN, même au prix d’une perte de crédibilité auprès des Français. Voici pourquoi. Si le critère de l’ semble être passé au second plan, celui de l’ est toujours avancé comme la ligne jaune qui justifierait l’exclusion du FN de “l’arc républicain”. La raison en est que la diabolisation d’un parti est contraire à la Constitution (art. 4 alinéa 3) sauf à démontrer que ce parti s’écarte des valeurs fondamentales de la démocratie, d’où l’éternelle rengaine du parti de la haine. Mais derrière cette mascarade – car les positions du FN sur l’immigration sont secrètement partagées par une majorité des élus de droite, c’est bien autre chose qui est visé.

La sortie de l’ qui, par l’hostilité vigoureuse qu’elle ne manquerait pas de déclencher de la part de Washington, révélerait au grand jour la trahison de nos élites, responsables de l’abandon de notre indépendance nationale.

La sortie de l’euro et la protection douanière aux frontières, qui rendrait caduc le traité de Lisbonne, scellerait la fin des privilèges de la bureaucratie européenne et celle des tout-puissants lobbys qui sévissent à Bruxelles.

Mais surtout l’accès d’une génération d’hommes politiques “propres” aux archives secrètes de la Ve République, la révélation de noms associés à toute une série de scandales 2 jusqu’ici couverts par le secret-défense, la mise en route de la machine judiciaire sur les affaires de financement illicite des partis politiques, etc.

Ne nous y trompons pas ! L’arrivée du Front national au pouvoir n’aurait absolument rien d’une alternance mais tout d’une véritable révolution en bien des points comparable à celle du général de Gaulle en 1944.

Notes:

  1. Frégates de Taïwan, frégates de l’Arabie saoudite, sous-marins au Pakistan, etc.
  2. Frégates de Taïwan, frégates de l’Arabie saoudite, sous-marins au Pakistan, etc.

23 octobre 2014

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