Agriculture - Editoriaux - Sport - Table - 16 juin 2016

Que les néo-ruraux aillent retrouver leurs McDo !

C’est une drôle de mésaventure que vit actuellement un éleveur laitier du Calvados, Damien Autin, qui vient d’être condamné, en novembre dernier, par le tribunal de grande instance de Caen à 14.000 euros d’amende pour nuisances olfactives et sonores, rapporte France Bleu Normandie du 14 juin. L’agriculteur est, en plus, obligé de quitter les lieux sous peine d’une astreinte de 500 euros par jour ! Si l’appel suspend le paiement de l’amende, il ne bloque pas l’astreinte. Le voici donc privé de son travail.

Il doit cette situation totalement ubuesque mais pas inédite, et surtout pas isolée, à son voisin qui a acheté une maison toute proche en 1999. En somme, il a fallu dix-sept longues années pour que le voisin, néo-rural, se rende compte qu’une ferme, a fortiori un élevage laitier avec des vaches, de la bouse, du fumier, etc., pouvait produire des odeurs, un peu de bruit et quelques mouches !

Le comble est que ce voisin ait pu être entendu et écouté par l’institution judiciaire ; qu’il ait pu emporter la première manche ; et que le juge ait complètement méconnu le droit d’antériorité de l’agriculteur. Car s’il a bien repris la ferme en 2006, celle-ci existait depuis les années 1950 ! De plus, l’acte de vente de 1999 mentionne bien qu’une ferme est à proximité. L’acquéreur a donc acheté sa maison en toute connaissance de cause et, par conséquent, ne pouvait ignorer les potentielles nuisances qu’une telle proximité pouvait engendrer…

Ce différend juridique pose d’innombrables questions dont trois sont récurrentes :

Faut-il encore durcir les règles concernant les installations classées desquelles les élevages relèvent, c’est-à-dire toutes les règles de mise aux normes ? Depuis les années 1990, ces règles n’ont cessé d’être imposées pour toutes les exploitations. Elles sont même un préalable, un sésame sans lequel l’exploitant peut être interdit d’exercer. Les travaux qui en découlent coûtent très cher : plusieurs dizaines de milliers d’euros qui sont ressentis, par les exploitants, comme des investissements non rentables. Les contrôles sont stricts en la matière et la ferme de Damien Autin est manifestement aux normes. Alors pourquoi le sanctionner ? Où est le vrai problème ?

Quelle est la place des « néo-ruraux » dans les campagnes ? Beaucoup de citadins répondent à l’appel bucolique de la terre, de la campagne, des petits oiseaux, du bien-être, de l’air pur. La réalité est parfois plus difficile à supporter et la cohabitation impossible. Les néo-ruraux doivent accepter les contraintes liées à la vie campagnarde comme les ruraux exilés à la ville acceptent aussi les bruits des klaxons, la pollution, les grèves de transports en commun, les bouchons, etc. Les néo-ruraux voudraient, comme Alphonse Allais l’espérait, “mettre les villes à la campagne”. Ils se retrouvent plutôt dans la chanson “Le Loir-et-Cher” de Michel Delpech : “On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue, on dirait que ça te gêne de dîner avec nous.” Si les néo-ruraux ne sont pas contents, qu’ils repartent en ville. Personne ne les retient.

Dernière question récurrente : les exploitations agricoles ont-elles encore leur place à la campagne ? Compte tenu de la multiplication des plaintes par les néo-ruraux envers les agriculteurs (une dizaine rien que dans le Calvados !), on peut craindre le pire. Qu’on ne vienne pas se plaindre, ensuite, de ne plus avoir de traçabilité des aliments et de manger des saloperies ! Que les néo-ruraux aillent retrouver leurs McDo.

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