Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel.

Une récente déclaration de la Conférence des évêques de France, mettant en garde, à quelques semaines des élections municipales, contre le « populisme », suscite l’incompréhension. Le « populisme » est le seul danger nommément cité. Le Figaro a d’ailleurs titré « La Conférence des évêques de France met en garde contre l’extrême droite. » Les catholiques, selon les évêques, devraient donc plus se défier des candidats « populistes » que des candidats ouvertement favorables au mariage gay, à l’avortement ou à la suppression des fêtes chrétiennes ?

Je ne suis pas certain que le texte du conseil permanent de la Conférence des évêques de France dont vous parlez suscite un tel intérêt et une telle réprobation. Il serait d’ailleurs injuste de réduire cette déclaration, qui s’intitule « Les élections municipales : une chance pour le bien commun », à une simple mise en garde contre les « populismes », car cette déclaration évoque en premier lieu le drame du chômage et de la précarité, la situation des personnes âgées, la nécessaire sauvegarde du communal (et des églises auxquelles la population demeure généralement très attachée), de même qu’elle souligne l’importance, pour le tissu local, de la vie associative et culturelle et rappelle fort opportunément, à ceux de nos concitoyens qui pourraient être tentés par l’abstention, que l’exercice du droit de vote est une façon privilégiée de contribuer au bien commun de la dans laquelle nous vivons.

Cela étant dit, ce document est une simple déclaration du conseil permanent. Il n’a, bien entendu, rien d’un acte infaillible du magistère. « Aucune conférence épiscopale n’a, en tant que telle, une mission de magistère ; ses documents n’ont pas d’autorité doctrinale spécifique, ils ont la valeur de l’accord donné par chaque évêque », rappelait en son temps le cardinal Ratzinger lorsqu’il était encore préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Dès lors, il n’est pas interdit de regretter, par exemple, que cette déclaration n’accorde pas une place plus importante à certains enjeux tels que la défense des valeurs familiales ou la nécessité de soutenir les familles, alors que les municipalités disposent, pour cela, de certains moyens d’action.

Cette déclaration suscite d’autant plus d’interrogations que la Conférence des évêques de France ne nous a pas habitués à autant de véhémence sur la Manif pour tous, l’avortement, l’euthanasie, les tombes et les églises profanées, etc. Pourquoi, d’un coup, une telle insistance sur« le rejet de l’autre, quand il est différent ou qu’il vient d’ailleurs » ? Cette position de l’épiscopat français qui concerne le problème de l’immigration n’est-elle pas une forme de démagogie ou d’angélisme ?

Les questions de que vous mentionnez sont des plus importantes et me tiennent à cœur, mais il ne faut pas perdre de vue que les enjeux d’une élection locale ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux d’une élection nationale (présidentielle ou législatives). Quant au fait que l’Église en appelle, au nom de la charité et de la fraternité, à l’accueil de l’étranger et à la lutte contre le racisme, quoi de plus normal ? Cela ne signifie certes pas qu’il faille accueillir sans discernement tous les immigrés qui souhaitent s’établir en France ou en Europe, auxquels nous ne sommes plus nécessairement en mesure de proposer un logement, un travail et des conditions de vie décentes et qu’il devient extrêmement difficile d’assimiler du fait de leur culture et de leur particulières. Je relisais récemment un document sur « L’Église face au racisme » que la commission pontificale « Justice et Paix », alors présidée par le cardinal Roger Etchegaray, avait publié. Il y était rappelé qu’« il appartient aux pouvoirs publics, qui ont la charge du bien commun, de déterminer la proportion de réfugiés ou d’immigrés que leur pays peut accueillir, compte tenu de ses possibilités d’emploi et de ses perspectives de développement, mais aussi de l’urgence du besoin des autres peuples. Et l’État veillera à ce que ne se créent pas des situations de déséquilibre social grave, accompagnées de phénomènes sociologiques de rejet, comme cela peut arriver lorsqu’une trop forte concentration de personnes d’une autre culture est perçue comme menaçant directement l’identité et les coutumes de la communauté locale d’accuei.l » Ce texte date de février 1989, mais n’a rien perdu de son actualité…

14 décembre 2013

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