Le sentiment d’insécurité cher à notre garde des Sceaux a atteint un seuil d’intensité tel qu’il imprègne aujourd’hui toute la société. L’exaspération face à l’ et l’incompréhension des décisions de justice touchent désormais la plupart des citoyens. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant ni malsain que ressurgisse le débat sur la peine de mort.

La lecture des réseaux sociaux renseigne sur ceux qui promeuvent le rétablissement de cette sanction ultime, deux ensembles distincts qui se recouvrent partiellement : les gens de droite et les primaires. Ces seconds s’arrêtent à la loi du talion, les autres, s’ils ne confondent pas justice et vengeance, pensent que la réponse pénale doit s’équilibrer avec le crime.

Fondamentalement, la violence légitime de l’État s’exerce dans un but de protection des citoyens ; nous avons renoncé à notre défense individuelle en échange du contrôle policier des comportements et d’une punition par la justice des débordements. Dés lors que contrôle et punition ne sont plus considérés comme suffisants par le corps social, le rôle exclusif de la puissance publique est affecté et l’autodéfense redevient légitime. Nous n’en sommes pas encore là, mais l’on s’en approche.

L’application de la peine de mort restaurerait-elle la confiance dans la Justice ? Ou, pour poser la question autrement, en quoi son rétablissement augmenterait-il la puissance du contrôle policier et le niveau de punition par la Justice ?

J’exclurai de la discussion les attentats islamiques pour lesquels la peine de mort a été appliquée de fait par les circonstances, les procès ne concernant que des complices et non les assassins. Néanmoins, on note que la dissuasion, dans ces cas, ne fonctionne pas, au contraire, puisqu’il y a la symbolique du martyr.

Imagine-t-on une peine de mort pour les viols, les agressions contre des représentants de l’État, les coups et blessures volontaires et violents ? Mais alors, ce serait des dizaines de milliers de prévenus encourant ce châtiment ; quand bien même il ne serait prononcé que dans des cas extrêmes, il n’en reste pas moins que les jurés seraient confrontés sans cesse à cette éventualité terrible, avec une pression forte de l’accusation et de la vindicte publique excitée par la caisse de résonance des réseaux sociaux. Les cours d’assises s’empliraient du rappel incessant de l’ombre sinistre de la guillotine, troublant les débats et remettant en cause les fondements humanistes de notre droit.

Alors, rétablir la peine de mort uniquement pour les homicides ? Il y en a, en France, moins de 1.000 par an. Sur une durée longue, ce chiffre est en baisse constante, et ce, malgré l’augmentation de la population. Mais sont-ce ces faits tragiques qui sont à l’origine de la barbarisation quotidiennement constatée ?

Ce débat est une impasse et occulte la vraie question : quand l’État va-t-il remettre en selle les mots d’ordre public, de répression policière, de punition juridique ? C’est cela qu’attendent les citoyens, sans toujours voir que pour y satisfaire, il faudra répondre à une interrogation, bien plus complexe : quand et comment le pouvoir politique va-t-il amplifier son contrôle des juges et de leur idéologie permissive ?

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