Nous savons désormais que pour faire les choses à sa tête, n’épargnerait aucun outrage à sa République adorée. Son coup de force au Conseil d’État, qui dut accoucher dans l’urgence d’une interdiction de spectacle pour Dieudonné à Nantes, est là pour en témoigner, tout comme son ouverture à un éventuel durcissement de la loi et son approbation de la censure sur Internet, qui préoccupent jusqu’aux Dieudo-sceptiques, et nous laissent humer le triste présage d’une seconde loi Gayssot.

Alors, si ce ministre qui aime tant la République est capable de lui porter des coups si violents, on peut bien s’inquiéter du sort qu’il réserve à ceux qu’il n’aime pas.

Un début de réponse se situe peut-être dans cette vidéo exhumée par Le Journal du Siècle et qui nous révèle qu’en 1999, Claude Sérillon – présentateur du journal télévisé sur France 2 – et Pierre-Henri Arnstam – directeur de la rédaction sur cette même chaîne – avaient tous deux pris la porte à la suite d’un échange dont Lionel Jospin, alors Premier ministre, était sorti le plumage esquinté.

Il était question de chômage et Claude Sérillon avait relevé, dans un impardonnable élan d’insolence, l’incohérence d’un gouvernement qui n’avait pas agi conformément à ses promesses. Lionel Jospin eut alors cette phrase malheureuse, de celles qui monopolisent les unes des journaux et vous ruinent la confiance d’un peuple : « Il ne faut pas tout attendre de l’État ou du gouvernement. »

Manuel Valls, à l’époque chargé de communication du Premier ministre, avait (par amour pour la République?) appelé Pierre-Henri Arnstam le lendemain matin pour dire son mécontentement : « Ce qui s’est passé hier soir était scandaleux. Claude Sérillon était agressif, il a posé de mauvaises questions. » « C’étaient pas de mauvaises questions. C’étaient de mauvaises réponses », avait alors rétorqué M. Arnstam, qui rejoignait par ces mots l’insolence de son camarade et se mettait malgré lui en route pour partager le même sort. Quelques semaines plus tard, les deux furent virés. Pour atteinte à la République, assurément.

Depuis la création de la Cour européenne des droits de l’homme en 1959, la France est le quatrième pays le plus condamné pour violation de la liberté d’expression. Seules l’Autriche, la et la Russie, qui sont réputées pour ne pas être les meilleurs élèves en la matière, la devancent dans ce triste classement. La France se situe à la 28e place des démocraties “imparfaites”, selon le Democracy Index, tandis que le Press Freedom Index la classe à la 37e place, derrière le Ghana.

Si c’est porter atteinte à la « République » que d’avoir l’outrecuidance de poser les questions qui dérangent, faire son métier de journaliste, et le faire honnêtement, alors il n’est peut-être pas souhaitable d’être républicain, car ce que certains nomment encore République a déjà tout d’une dictature.

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