Armées - Editoriaux - 19 janvier 2013

Quand les soldats maliens font « poum, poum, poum »

La vidéo est d’excellente qualité. Pour les images en tout cas. Car, s’agissant du son… On peut y voir des soldats maliens à l’entraînement. Ils sont allongés avec leurs fusils et tirent sur des cibles. Rien que de très banal. Ce qui l’est moins, c’est qu’on n’entend pas le bruit des détonations…

En revanche, on entend très distinctement les militaires faire : « Poum, poum, poum. » C’est assez mignon. Chez nous, les enfants, quand ils jouent à la guerre, font : « Pan, pan, pan. » Mais les soldats maliens, qui ne sont pas de grands enfants contrairement aux affreux clichés de l’époque coloniale, font autrement. Interrogé sur la raison de ces « poum, poum, poum », le capitaine qui donnait l’ordre de faire feu explique en toute simplicité que ses hommes n’avaient pas de munitions. Alors ils font comme si.

Impossible de ne pas penser à cette vidéo quand on lit les communiqués de M. Le Drian annonçant que « les forces françaises et maliennes » ont repris aux djihadistes telle ou telle localité. Impossible également de chasser le bruit des « poum, poum, poum » quand on apprend que quelques dizaines de soldats togolais sont arrivés en renfort à Bamako. D’autres vont suivre. Au compte-gouttes. Lentement, très lentement, des Burkinabés, des Tchadiens, etc. Chouette, la France ne sera plus seule ! Eh bien non. Car, de source autorisée comme on dit, on nous explique qu’il faudra les entraîner, les armer, leur apprendre ce qu’est la guerre. Des instructeurs européens (nos alliés vont nous donner un tout petit coup de main) s’en chargeront. Ensuite, et seulement ensuite, ces soldats africains iront au front. Quand il n’y aura plus de front.

Les armées africaines, plus d’un demi-siècle après la décolonisation, sont ce qu’elles sont. On notera à leur décharge qu’elles manquent d’expérience. Et pour cause : les États africains ne se font pas la guerre entre eux. Ces armées-là sont juste des armées de guerre civile. Aucune guerre mais un nombre invraisemblable de putschs militaires fomentés par des sergents, des capitaines et parfois des colonels.

À regarder la carte, on pourrait penser que tout n’est pourtant pas perdu. Le Mali a en effet une très longue frontière avec l’Algérie. Et l’armée algérienne, c’est – n’est-ce pas – certainement autre chose que l’armée malienne. Elle l’a prouvé en bombardant et mitraillant sans retenue le complexe pétrolier occupé par les islamistes. En tapant dans le tas, otages et djihadistes fraternellement confondus.

Le bilan est éloquent. C’est assurément plus efficace que les « poum, poum, poum » maliens. Il est vrai qu’on ne peut plus demander l’avis des otages assassinés.

Au cas où on l’aurait oublié, l’armée algérienne est aussi une armée africaine. De guerre civile, donc. Elle en a fourni la preuve pendant l’abominable et sanglant conflit qui l’a opposée aux fanatiques du FIS et du GIA. Des sauvageries sans bornes d’un côté. Une cruauté implacable de l’autre. Là aussi on a tapé dans le tas.

De la guerre, Clemenceau disait qu’elle était une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires. Et il ne connaissait pas les militaires africains.

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