Scandale ! Après avoir tourné dans La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche – un film qui a engrangé les éloges et la Palme d’or du dernier Festival de Cannes et qui raconte l’histoire d’une adolescente se découvrant lesbienne au contact d’une femme aux cheveux bleus –, peut aussi compter dans son beau palmarès ce que les gens ont coutume d’appeler un « dérapage », une « bourde », mais que l’on peut aussi se contenter de nommer « crime de lèse-pensée unique ».

Interrogée par le magazine Grazia, la belle a fauté : « Par moments, je me suis trouvée jolie, sexy, mais il y a des plans où je me trouve nettement moins belle ! On dirait un peu une lesbienne (rires). »

Elle ajoutera un peu plus tard : « Attention, je ne dis pas que les lesbiennes ne sont pas jolies, surtout que j’ai fait un film où j’incarne une lesbienne. Je crois justement que c’est parce que je venais de jouer une fille masculine dans La Vie d’Adèle que ça me plaisait vachement de jouer une fille très féminine (dans Grand Central de Rebecca Zlotowski). Je l’ai peut-être accentué inconsciemment, et c’était très plaisant d’être dans les bras d’un garçon (de Tahar Rahim, son partenaire dans Grand Central), de jouer une histoire d’amour avec un mec…»

Prise sous la tendre égide de la communauté gay depuis la consécration à Cannes de La Vie d’Adèle qui fit le bonheur des lobbys concernés en plein milieu d’un furieux débat sur le Mariage pour Tous, comme un insolent pied de nez aux opposants qui défilaient ce même jour, Léa Seydoux n’échappe pourtant pas à la vindicte des réseaux sociaux et à l’ironie moqueuse des usagers de Twitter qui ne se remettent pas de leur triste découverte.

Ces pauvres gens, comprenez-les, viennent tout juste d’apprendre que les lesbiennes étaient rarement semblables aux femelles qui se pincent mutuellement la culotte dans les films X pour faire plaisir aux garçons. Ils découvrent avec stupéfaction qu’elles ressemblent plus souvent à Amélie Mauresmo qu’à Monica Bellucci.

Pourtant, tout le monde sait que les lesbiennes dégagent souvent une énergie masculine, et ce sont les principales intéressées qui en parlent le mieux. Océane Rose Marie, humoriste qui aime les femmes, a d’ailleurs confié sa souffrance de « lesbienne invisible » car trop féminine, et donné ce nom à son spectacle.

Si les propos de Léa Seydoux lui valent la réprimande collective, curieusement, personne ne s’est offusqué de ceux de sa partenaire de jeu, Adèle Exarchopoulos. La jeune actrice qui fait partie de cette étrange espèce féminine qui dissimule avec peine son irrespect et sa grossièreté derrière un franc-parler prétendu n’avait pas hésité, dans la Boîte à Questions du Grand Journal, à faire montre de sa grande tolérance. À la question « Que rêveriez-vous de dire à Christine Boutin ? », la rebelle en pâte d’amande avait tendu son majeur et répondu : « Regarde notre film et tu verras qu’on peut s’aimer librement, sale frustrée de la fouf’. » Elle l’aurait d’abord traitée de « sale pute » mais Canal+ s’est chargé de censurer l’invective, qui a pourtant été relevée sur de nombreux sites, Yagg y compris.

Le sort de Léa Seydoux n’est pas vraiment digne d’inquiétude. Gageons que la jeune femme s’en remettra. Dans un humble communiqué, elle présentera ses plus plates excuses à la communauté gay et à tous les gens que ses propos ont été susceptibles de blesser. L’ordre reviendra et seuls quelques cas isolés garderont pour l’actrice un semblant d’amertume.

L’on ne sera pas surpris de constater une fois de plus que si la bien-pensance gay parvient, pour une phrase insignifiante, à précipiter dans la fosse aux lions celle qui fut un de leurs plus beaux étendards en temps de lutte, cela laisse imaginer sans difficulté le sort qu’elle réserve à ceux qui ne veulent pas se donner cette peine.

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