Culture - Editoriaux - Société - 1 mai 2016

Quand Laurent Joffrin découvre la lune…

Au moment où, dans le cadre d’un sondage IFOP pour Le Figaro (29 avril), traitant de “l’image dégradée de l’islam en France et en Allemagne”, le président du CFCM Anouar Kbichech réclame un « droit à l’indifférence » pour les musulmans, Laurent Joffrin (Libération, 29 avril) découvre tout à la fois la lune, le fil à couper le beurre et l’enfonçage de portes ouvertes. « Je vous l’avais bien dit, que l’eau mouille ! », semble-t-il s’exclamer dans un élan d’enthousiasme visionnaire.

De quoi s’agit-il ? Des Confessions d’un fils de Marianne et de Mahomet, rédigées par un fils d’ouvrier algérien, Soufiane Zitouni, qui “porte sur sa propre tradition un regard aigu et critique” (Éditions Les Échappés). Extraits (cités par Joffrin) : “Le mari a donc le pouvoir culturel préétabli […] le pouvoir pervers de la terreur qu’inspire aux femmes la violence masculine […] Je ne peux m’expliquer autrement cette soumission aux hommes, qui semble volontaire, de millions de femmes musulmanes” (p. 66). “Je commençai à comprendre avec étonnement l’un des fondements […] de l’antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas” (p. 36). “Le port du voile dit islamique est revendiqué comme un acte libre par des millions de musulmanes, alors qu’il est, à l’évidence, le fruit d’une société patriarcale qui impose une domination masculine absolue sur le corps féminin” (page non précisée). “Et qui a écrit ça ?”, s’exclame Joffrin dans un paroxystique roulement de tambour. “Un islamophobe ? Un raciste ? Ou bien – horresco referens – un militant laïque émule de Caroline Fourest ou d’Élisabeth Badinter ? Non. Un musulman revendiqué qui fait de sa foi mystique l’une des grandes affaires de sa vie.”

Minute, Monsieur Joffrin… L’avancée sociologique majeure, observée ici et formulée par vos soins, s’énonce donc en clair comme suit : quand Gérard critique l’islam, c’est un islamophobe raciste, et quand Soufiane critique l’islam en des termes rigoureusement identiques, c’est le “regard aigu” d’un honnête musulman. Quant à savoir en quoi la démarche de ce musulman “républicain-compatible” (et par ailleurs franc-maçon !) serait emblématique d’un islam aussi répandu qu’occulté, nous vous laissons le soin et la responsabilité de sa comparaison avec “tant de musulmans dont on parle si peu”

Le néanmoins sympathique Soufiane Zitouni pourrait tout aussi bien constituer, et fort à propos, un gage, une caution ou, si vous préférez, une issue de secours dialectique, idéologique et sémantique pour tous les « Joffrin » dont la vision d’un islam exclusivement victime aurait tendance, ces temps-ci, à se fracasser douloureusement sur le réel. En 2009, une haut fonctionnaire, “détachée auprès du service de renseignement extérieur de son pays”, rédigea (sous le pseudonyme « Enyo ») un ouvrage chez Denoël Impacts intitulé : Anatomie d’un désastre – L’Occident, l’islam et la guerre au XXIe siècle. Page 301, elle y déclarait : “D’ailleurs, les communautés islamiques, qui sont les premières à identifier les processus de rupture et de radicalisation en leur sein, n’aident jamais les services de police et de renseignement occidentaux à appréhender les futurs terroristes. Elles promeuvent presque toutes un double langage, selon qu’elles s’adressent aux pouvoirs publics ou à leurs fidèles.”

À moins que les services de renseignement ne soient, à leur tour, contaminés par le virus islamophobe et raciste de Gérard ?

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