François Bayrou s’ennuyait ferme. Plus aucun micro ne se tendait vers lui. Les caméras de télévision s’étaient toutes détournées de son auguste visage. Son MODEM était devenu le modem, tout petit, rachitique et rabougri. D’ailleurs plus personne ne savait ce que MoDem voulait dire. Quant à lui, de pas grand-chose, il était devenu rien. Pourtant, il n’avait pas ménagé ses efforts, offrant ses services à François Hollande pour lequel il avait appelé à voter. Et qu’avait-il reçu en échange ? Rien, que dalle, nib de nib ! Même pas un poste de secrétaire d’État. Même pas sa circonscription, où on lui avait opposé – ingratitude suprême – une candidate PS qui l’avait emporté.

François Bayrou, donc, s’ennuyait ferme. Pour tuer le temps, il lisait et relisait la vie d’Henri IV, son héros, son modèle, un Béarnais comme lui. Une des phrases les plus célèbres du Vert galant, dont la virilité faisait l’admiration de ses contemporains, lui redonnait goût à la vie : « Jusqu’à quarante ans, j’ai cru que c’était un os ! » François Bayrou, qui avait soixante ans passés, s’émerveillait d’avoir pulvérisé le record d’Henri IV.

C’est pourquoi, des heures durant, il arpentait son appartement en chantant à tue-tête : « Non, non, non, François n’est pas mort car il bande encore ! » Mais, à la longue, ces vocalises devenaient lassantes, un onanisme répétitif. François Bayrou, agrégé de lettres, avait toujours été nul en maths. Nul au point de ne pas savoir faire une addition. Telle était sa blessure secrète et il en souffrait.

Pour occuper ses journées, tristes comme un ciel sans étoiles, longues comme un jour sans pain, il décida de prendre des cours de maths. Dès la première leçon, il se sentit l’âme d’un Pythagore. Et il déclara la guerre au « système » qui l’avait tant maltraité. Avec une addition dont il venait de percer les secrets. Ainsi annonça-t-il aux habitants de France et de Navarre que lui + Marine Le Pen + Mélenchon représentaient près de 40 % des Français ! Ces 40 % étaient mal ou sous-représentés ! Il y avait là un scandaleux déni de démocratie ! Alors les micros se tendirent à nouveau et les caméras de télévision revinrent.

Il est vrai que le spectacle valait que l’on s’y intéresse. Tous ensemble, tous ensemble ! Marine Le Pen brandissant fièrement l’étendard tricolore. Jean-Luc Mélenchon portant haut la bannière rouge. François Bayrou tenant le sympathique drapeau du Béarn (deux jolies vaches avec une cloche au cou).

Mais cela ne faisait quand même que 40 %. Heureusement, divine et précieuse surprise, on vit arriver en renfort le drapeau fleurdelisé des rois qui avaient fait la France. Porté par Olivier Perceval, secrétaire général de l’Action Française. Et il avait toute sa place ici en raison de son tendre cousinage avec le Front de gauche, auquel il avait emprunté (c’était sur Boulevard Voltaire) son slogan révolutionnaire : « On ne lâche rien ! »

À l’heure qu’il est, on ne sait encore de combien de % les bataillons de l’Action Française ont enrichi l’armée révolutionnaire. Il va falloir attendre que François Bayrou ait fini ses calculs…

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