Quand allons-nous cesser de faire les yeux doux à la Turquie ?

L’angélique Angela mise tout sur le sommet entre l’Union européenne et la Turquie pour régler la question du flot de migrants qui se déverse de Turquie sur les îles grecques et se trouve aujourd’hui bloqué à la frontière par des pays comme la Macédoine. On ne sait jusqu’où ira l’aveuglement moralisateur de la chancelière. On devine quels risques sont les nôtres lorsqu’elle prétend négocier avec un dirigeant sans scrupules comme Erdoğan.

Erdoğan croit que les Turcs qui vivent en Allemagne doivent rester avant tout des Turcs ; il veut aussi qu’ils soient d’abord des musulmans respectueux de l’enseignement coranique, et que son pays comme sa religion aient vocation à dominer sinon le monde, du moins la plus grande partie possible. La chancelière, elle, veut négocier le ralentissement de la migration à partir de la Turquie contre une aide et une reprise du processus d’intégration à l’Union européenne. Cette démarche se trompe sur les causes du problème etn plus encoren sur ce qu’est la Turquie.

Si certains États européens, dont la France, ont soutenu la guerre civile en Syrie dans l’espoir de complaire aux États-Unis et à leurs riches partenaires du Golfe, c’est la Turquie qui est l’acteur le plus impliqué dans la tragédie syrienne. Dès le départ, Erdoğan voulait faire tomber le régime “laïc” de l’Alaouite el-Assad, et disposer d’un allié docile au Sud. La rébellion s’est de plus en plus islamisée. La façade modérée de l’Armée syrienne libre ne cache plus le panier de serpents plus ou moins venimeux du djihadisme. Si l’État islamique est unanimement rejeté, qui pourrait aujourd’hui circonscrire les ramifications d’Al-Qaïda dont le nouveau président du Conseil constitutionnel disait naguère qu’« elle faisait du bon boulot ».

Comme par hasard, les zones rebelles sont concentrées à la frontière turque, à travers laquelle elles reçoivent aide et assistance. La Turquie arme et soutient la rébellion. Elle entretient des rapports douteux avec l’État islamique en permettant le passage des djihadistes et les trafics divers qui entretiennent “Daech”. Elle concentre son effort militaire contre les Kurdes, en Syrie et en Irak, alors que ceux-ci sont les alliés les plus efficaces des Occidentaux contre les islamistes.

“Si l’on doit s’excuser pour avoir présenté un visage agréable à des gens dans la détresse, ce n’est plus mon pays.” Cette phrase résume l’énormité de la méprise. L’État turc, qui a plus d’un siècle d’épuration ethnique derrière lui, persécute sa minorité kurde et a pour priorité d’empêcher la création d’un Kurdistan indépendant. Le sud-est de la Turquie subit actuellement cette politique. La prétendue démocratie musulmane d’Ankara vient de se dévoiler : la presse est muselée. Un grand journal d’opposition vient d’être mis sous tutelle et a été occupé par la . Et c’est avec ça que l’Europe discute ! C’est à ça qu’elle ouvre à nouveau ses portes ! C’est dans ce puits sans fond qu’elle déverse des milliards – près de 10 depuis 2002 ! Tout cela pour prier le nouveau sultan de garder le maximum de migrants chez lui !

La Turquie a une responsabilité énorme dans le drame syrien et l’exode des réfugiés. Les passeurs y exercent leur fructueuse activité au grand jour. Il est clair que les migrants syriens, irakiens, mais aussi iraniens ou afghans, sans lien avec la guerre civile, sont cyniquement utilisés par Erdoğan. Et c’est l’Europe qui culpabilise et qui s’excuse ! Si la Turquie a besoin d’argent, il semblerait que ses alliés sunnites du Golfe en possèdent suffisamment pour l’aider à accueillir des migrants en très grande majorité musulmans.

Le meilleur moyen d’arrêter la fuite des Syriens est de permettre de restaurer la légitimité de l’État. Les Russes de Poutine s’y emploient. La marche des Kurdes vers l’indépendance et l’unité est apparue comme logique dès la fin de la Grande Guerre. Elle l’est davantage que celle du Kosovo… que les Turcs ont soutenue. Quand va-t-on cesser de faire les yeux doux, de montrer un “visage agréable” à un pays qui n’est ni européen ni démocratique !

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