Editoriaux - Histoire - Politique - Table - 8 septembre 2015

Le Quai d’Orsay, un ministère très étranger aux affaires

Soyons justes : Laurent Fabius n’est pas la pire tête de l’actuel troupeau gouvernemental. Et, hormis lui au Quai d’Orsay, qui d’autre ? Après, est-il l’homme de l’actuelle situation, c’est une autre histoire… Ainsi, ce mardi matin, a-t-il assuré, en service commandé, sur les ondes de RTL, que l’éviction du président syrien Bachar el-Assad était une priorité, voire une urgence.

Voilà qui est un peu court. D’ailleurs, on le sentait à la peine : entre diplomatie des droits de l’homme – manifestement, il n’y croit guère – et realpolitik, objectivement, il a encore des choses à apprendre en la matière. L’objectif ? Lutter contre Daech. Jusque-là, qui irait le contredire ? Mais comment, c’est une tout autre affaire.

L’homme concède, certes, que pour ce faire, il faudra bien prendre langue avec la Russie et l’Iran. D’autres ajouteront, non sans raison, qu’il conviendra de faire de même avec le Hamas, débordé à Gaza par les attentats de l’État islamique, ou encore le Hezbollah, mouvement chiite sous dépendance iranienne qui, lui au moins, ne se contente pas de bombarder d’en haut les positions de Daech, mais s’en va en bas les affronter pied à pied, au sol.

Tout cela exige à l’évidence un peu de souplesse. Souplesse politique et intellectuelle consistant avant tout à se soustraire à la doxa droit-de-l’hommiste : Vladimir Poutine ne serait pas un véritable démocrate ? Mais qui est un véritable démocrate ? Un chauve ébouriffé de l’intérieur, type Jacques Attali ? Ou une dynastie Bush qui, de père en fils, aura causé depuis 1990 plusieurs millions de morts militaires, mais surtout civils, dans des guerres qui, pis que criminelles, étaient surtout imbéciles, même du point de vue de cet “Occident” dont les valeurs présumées sont actuellement recuites à toutes les sauces, surtout les plus nauséabondes. Ceux qui croient encore que c’est avec la Gay Pride et l’esprit Charlie qu’on luttera efficacement contre le fondamentalisme de combat n’ont pas forcément tout compris au film.

Laurent Fabius, donc. Saluons d’abord ce qu’il concède. Soit la fin d’un certain angélisme qui pue un peu des pieds, pour demeurer poli. Mais inquiétons-nous surtout de ce qu’il n’ose dire, à savoir évoquer (sans même vouloir la remettre en cause) l’alliance mortelle qui nous lie à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Il n’empêche qu’en attendant la catastrophe annoncée, la politique étrangère de la France arbore des allures de plus en plus étrangères et de moins en moins françaises. Et que Laurent Fabius, pourtant l’un des couteaux les plus affûtés du tiroir, semble de plus en plus étranger à ces mêmes affaires.

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