Samedi soir, le public très « politiquement correct » de la cérémonie des César n’en menait pas large devant François Ruffin. Le réalisateur de Merci patron !, documentaire césarisé qui dénonce les conséquences dramatiques d’une délocalisation sur une famille d’un village de la Somme, monte sur scène et apostrophe la salle : “Si c’était des acteurs qui étaient mis en concurrence de la même manière avec des acteurs roumains, ça poserait problème immédiatement…” Les smokings tapent des mains. « Ah oui, nous sommes de sacrés salopards ! » L’inspirateur de Nuit debout continue d’enfoncer le clou dans les nœuds papillons : “Quand on touche aux avantages fiscaux des journalistes, ça fait des débats aussitôt…” Clap, clap, clap, ah oui, comme il a raison… Il est très fort. “Un député français coûte 7.100 € par mois, un polonais 2.000 €. Et au Bangladesh, un député, c’est 164 € !” Clap clap encore…

Toute cette assemblée applaudit très fort un discours tenu, presque mot pour mot, par il y a deux semaines : “Et nous rendrons bien plus difficile la délocalisation d’entreprises. Elles ne pourront plus dire “bye bye” et virer tout le monde.” La propagande a bien travaillé. François Ruffin, chantre mélenchonnesque, énonce ce scandale : c’est un ange. Trump dit la même chose : c’est un monstre. Comprenne qui pourra…

La logique Nuit debout-Mélenchon devient encore plus obscure sur l’affaire de l’. D’après ces Einstein de la politique, il serait donc scandaleux d’aller en Roumanie faire travailler des Roumains mais tout à fait remarquable que ces mêmes Roumains viennent ici casser les salaires par le jeu inévitable de la loi de l’offre et de la demande. En réalité, le bout du bout du raisonnement des François Ruffin en tous genres revient à adhérer aux thèses du Front national. Mais ne leur dites pas… ils sont sensibles…

Cette mouvance réussit l’exploit d’être absolument hostile à la grande finance internationale mais favorable aux mécanismes qui la confortent. Avec leur bienvenue aux migrants, ils se font un plaisir de fournir la main-d’œuvre bon marché à tous ceux qu’ils dénoncent… Tout au long de cette soirée des César, les piques à l’attention de Marine Le Pen ont fusé… Un personnage monte sur scène et défend un des points essentiels de son programme : ils l’applaudissent. Il reste donc à créer le César du mouton le plus bêlant. Certains diront que l’énoncé des sélectionnés risque de durer jusqu’à 2 heures du matin… C’est effectivement le point faible du concept.

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