“Battu mais content”, titrait lundi Libération, avec, en une, un Manuel Valls aux airs de Serge Lama : « … Et j’suis content, j’suis content, j’suis content, j’suis content, j’suis battuuu, mais con-tent ! »

En cause, bien sûr, la relative satisfaction du Premier ministre dimanche soir après la grande claque électorale. Sans doute a-t-il parlé de « défaite incontestable », mais les « appels à la mobilisation républicaine avaient été entendus », selon lui, et il n’a laissé imaginer aucun changement de politique ni de gouvernement.

Féroce, Libé. Qui n’est pas le seul à lui tailler un short dans les grandes largeurs. Ah, ça ! Les copains d’abord : les premiers à vous enfoncer. Tous les derniers de la classe le savent : quand il y a punition collective, les autres vous en veulent sous prétexte que vous étiez les meneurs quand, pourtant, ils étaient bien contents de faire les imbéciles et de lancer des avions en papier avec vous.

Il faut voir Aurélie Filippetti, la sainte nitouche : « On ne peut pas continuer d’aller dans le mur en klaxonnant ! » Elle est mignonne. Dis donc, ma biche, tu n’y étais pas, toi, jusqu’à il y a peu, dans la bagnole, les doigts de pied en éventail sur la boîte à gants, l’autoradio à fond pour ne surtout rien entendre, à faire joyeusement « pouet ! pouet ! » dans les virages ?

Ceux qui n’ont pas eu la présence d’esprit, à son instar, d’ouvrir la portière pour sauter dans le bas-côté avant la descente se montrent plus solidaires. Comme Christophe Cambadélis, qui parle délicatement de « recul d’implantation, sans être une débâcle ». Tout est dans l’idée qu’on s’en fait. Sedan, la perte de l’Alsace-Moselle, c’était aussi un « recul d’implantation », n’est-ce pas ?

Et puis ce n’est pas faux : il y a désastre en nombre de suffrages, mais simplement défaite en nombre d’élus. Grâce au mode de scrutin. Tiens, puisqu’on en parle, la Moselle : Marianne rapporte que le FN obtient 34,98 % des voix mais aucun siège, le PS : 16,81 % et 14 sièges. On comprend mieux : même battu, Valls peut être (assez) content.

D’autant plus content que Hollande ne peut guère le virer. Il était son James Bond, son Jason Bourne, son Nicolas Sarkozy de gauche. Si Valls a fait « mal », les autres feront pire. Tous les ministres en poste, du reste, sont démonétisés.

Sauf Ségolène Royal qui, du feu de cheminée à l’heure d’été, en passant par les péages, saisit tout ce qui traîne pour rentrer dans les petits papiers des Français ? Las, on vient encore de le lire dans Challenges : toute la gauche la déteste.

Ou DSK ? Dont tout le monde répète comme un dogme, un axiome, une incantation, qu’il est un économiste épatant ? Trop tôt. DSK reviendra, mais pas avant de s’être refait une virginité. Il y a un peu de boulot.

Reste, bien sûr, au Président, qui vient d’arpenter le lieu du crash, la méthode Andreas Lubitz : le « suicide altruiste », comme disent les psy. Celui qui entraîne les autres dans la chute… l’ouverture au centre droit. Des législatives anticipées, une proposition à Alain Juppé de monter à bord. Pour le tuer.

Car il faut voir les choses en face : Valls est battu, mais lucide. S’il a mis le FN au centre de la campagne, c’est qu’il a compris que le FN – et plus que le FN, ce dont il est l’emblème, c’est-à-dire l’inquiétude identitaire – était au cœur de l’enjeu.

Un peu moins de fiscalité, un peu plus de liberté – si tant est qu’un Juppé puisse y arriver – mettraient du baume au cœur des Français. Mais pour l’identité, ils pourraient (encore) aller se brosser. Faute d’être autorisés à en parler publiquement, ils continueraient donc à en parler secrètement, dans l’isoloir. Et cette fois, en 2017, c’est la droite, aussi, qui morflerait.

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