Il n’y a pas une semaine où ne provoque pas, ne stimule pas, ne déstabilise pas ou ne soit pas pourfendu.

Comme notre ami commun, Robert Ménard maire de Béziers.

Ce sont des êtres qui ne laissent jamais la pensée tranquille.

Dans un long entretien donné à Causeur, au sujet des djihadistes, Éric Zemmour a terminé l’une de ses réponses en soulignant : "Et je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient – ce dont nous ne sommes plus capables".

Face à la réplique outrée des journalistes, il a ajouté : "…Eh oui, quand des gens agissent parce qu’ils pensent que leurs morts le leur demandent, il y a quelque chose de respectable. Et en même temps de criminel et de mauvais, c’est ainsi, les humains sont complexes…"

Une plainte a été déposée contre Zemmour, pour apologie de terrorisme, par Me Samia Maktouf au nom de familles de victimes d’attentats du 13 novembre 2015, par SOS Racisme et la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents industriels (FENVAC), et une enquête naturellement ordonnée.

Dès la lecture de l’entretien, j’avais remarqué le caractère dangereux de l’argumentation d’Éric Zemmour et deviné les risques judiciaires. J’avais, dans un tweet, immédiatement récusé l’imputation pénale qui n’allait pas tarder à lui être opposée. J’indiquais que sa phrase était "à la fois courageuse, compréhensible et maladroite mais que la qualifier d’apologie était grotesque".

Éric Zemmour, avec son intelligence et cet incoercible désir de s’affirmer, d’affirmer ce qu’il sent et pense, sans fuir jamais les chemins du sulfureux, du provocant et du paradoxe, se condamne sans cesse à relever des défis, à frôler des gouffres et des précipices et, au fond, à être emporté par un mouvement dont il est encore à peu près maître. Mais de plus en plus difficilement. L’originalité de l’esprit, la singularité de l’approche prennent le pas sur ce que parfois une sereine appréhension de la vérité aurait d’équilibré et de satisfaisant. Certains sentiers mériteraient d’être battus.

Mais qui peut estimer, sinon par un prurit obsessionnel de judiciarisation, que les propos d’Éric Zemmour représentent une apologie du terrorisme et, surtout, sont inspirés par la volonté profonde de le justifier ?

Je ne méconnais pas le fait indiscutable qu’en les lisant, des familles de victimes ont pu être indignées, dénoncer ce que cette volonté d’objectivité a de choquant.

Mais l’apologie, c’est autre chose. C’est présenter l’horreur et les assassins sous un angle qui peu ou prou les embellit. C’est littéralement ennoblir les crimes ou sublimer les tueurs sans que le contexte permette de mesurer le caractère limité de telle ou telle allégation et de dénier toute complaisance à l’égard de l’innommable. Quand Éric Zemmour va jusqu’à prétendre que l’islam et la France sont incompatibles, il manifeste en tout cas qu’il n’éprouve pas la moindre commisération – et encore moins estime ou admiration – pour ces djihadistes.

Il a d’ailleurs confirmé son appréciation sur eux en déclarant qu’il les prenait au tragique mais que les considérer comme des fous ou des idiots revenait à ne rien comprendre et à perdre toute possibilité de victoire contre eux.

On le compare, dans cette affaire, à Jean-Marc Rouillan et on pourrait se souvenir de Dieudonné avec Coulibaly. Mais, précisément, la différence est énorme entre eux et lui. Là où leur défense du pire était plausible, celle qu’on allègue à son encontre est inconcevable, absurde.

Éric Zemmour, un peu par la vanité qui saisit même les têtes les mieux faites quand la réussite et l’aura les débordent, ne doit plus jouer avec le feu. La liberté d’expression n’interdit pas les heureuses banalités de la justesse, de la justice. On n’est pas toujours obligé de susciter un scandale par ses mots et un tremblement d’esprit par ses analyses.

Zemmour est trop fin et trop lucide pour ne pas, dans son tréfonds, savoir tout cela. Encore faut-il qu’on ne jette pas sans cesse les chiens à ses trousses et que, face à tout ce qu’il dit ou écrit, ses adversaires chroniques n’aient pas qu’une ambition : traîner ses opinions devant les tribunaux.

Extrait de : Eric Zemmour encore !

10 octobre 2016

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