« Le texte qui a fixé ces règles date de 2005. Je sais que certains d’entre vous ne siégeaient pas encore ici en 2005, et au fond, j’en suis heureux, parce que nous n’aurions peut-être pas eu cette belle unanimité s’ils avaient été là à l’époque. Certains d’entre vous étaient bien là en 2005, et nous avons voté cela. Nous l’avons voté, à cette époque déjà ! Avis défavorable. »

Les mots du député du consensus sont tranchants. La proposition de loi sur la fin de vie, présentée par Alain Claeys et Jean Leonetti, ne sera pas modifiée, pas contestée.

Mais si Jean Leonetti est tout de même obligé d’aller corriger ses troupes, c’est que le rapport de force en 2015 n’est plus le même qu’en 2005. Il y a dix ans, dans un hémicycle conquis, Jean Leonetti faisait applaudir unanimement sa loi, reconnue comme un chef-d’œuvre d’équilibre et de mesure. Seule une poignée d’associatifs biens identifiés osaient alors s’insurger contre le texte, principalement car il permettait, dans certains cas, de demander un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielle.

Seulement cette fois-ci, plus d’une vingtaine de parlementaires de la droite et du centre ont exprimé leur désaccord sur le texte traitant de la fin de vie. Et pas des moindres. Parmi eux, le président du groupe UMP au , Bruno Retailleau, ou encore l’ancien candidat aux élections internes de l’UMP, Hervé Mariton. Philippe Bas, président de la commission des lois à la Haute Assemblée, a également rendu publiques ses craintes et ses réticences face à l’ambiguïté du texte. Plus de 1.000 amendements ont été déposés à l’Assemblée nationale.

Ces prises de positions dissonantes sont certes dues à la nature même du texte, qui n’est qu’une « étape », pour reprendre les mots de . Entendez ici une étape vers l’euthanasie claire et sans ambages. Mais elles s’expliquent aussi par le retour de la valeur « vie » au sein de la droite française.

En réalité, de nombreux hommes politiques de droite ne comprennent pas que les codes moraux des années 60 qu’ils ont adoptés ne sont plus suivis que par une frange urbaine et sociale-libérale de la française, qui préféra toujours voter contre eux.

Les électeurs de droite lisent Éric Zemmour, qui explique notamment le Suicide français par le recours massif à l’avortement. Les élus de droite votent majoritairement la reconnaissance de l’avortement comme un droit fondamental.

Les électeurs de droite réclament massivement le développement des soins palliatifs, parent pauvre du système médical français depuis 10 ans. Les élus de droite vont voter, dans leur majorité, une loi bancale qui propose une sédation « jusqu’au » dont l’objectif final laisse songeur, préférant trahir ainsi leurs électeurs plutôt que de trahir la position du parti fixée en 2005 par monsieur Leonetti.

En réalité, l’UMP est aujourd’hui incapable d’adapter sa ligne aux nouvelles attentes de ses électeurs. Le parti est névrosé à l’idée de rompre avec un demi-siècle de soumission à l’idéologie progressiste, notamment en ce qui concerne les questions de vie.

Mais ce mardi après-midi, des députés ont voté contre cette loi Claeys-Leonetti. Ces élus peu nombreux ont pris conscience qu’ils ne pouvaient plus piétiner la valeur « vie » qui anime beaucoup de leurs électeurs. Et ce, malgré les rappels à l’ordre pressants d’un Jean Leonetti ou d’un Christian Jacob, tous deux crispés sur une représentation politique périmée qu’ils s’évertuent à maintenir en vie.

La Sénat sera probablement moins respectueux de ce vieux consensus.

La seule question qui découle de ces nouveaux clivages est la suivante : la droite prendra-t-elle le risque de se réapproprier ces sujets politiquement risqués, ou préférera-t-elle laisser l’initiative à la gauche, comme elle le fait depuis si longtemps, au risque de voir partir à nouveau ses électeurs vers d’autres partis moins traditionnels ?

n’en a pas fini de résoudre cette équation…

18 mars 2015

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