Editoriaux - Santé - Société - 31 mars 2015

Prostitution, vous avez dit prostitution ?

En ce début de semaine, la commission spéciale du Sénat réexamine le projet de loi visant à modifier les sanctions contre la prostitution, afin de remanier le texte initial avant qu’il ne soit présenté à nouveau au Parlement. Les débats portent essentiellement sur deux aspects de ce projet de loi : la pénalisation du client et le délit de racolage.

La pénalisation du client qu’instaurerait cette loi est soutenue par les abolitionnistes qui veulent dissuader la demande, considérant les prostitué(e)s comme des victimes et le client comme un provocateur. Cette mesure, déjà prise par certains pays nordiques comme la Suède, a surtout eu pour effet, semble-t-il, de diminuer la prostitution de rue et, par voie de conséquence, d’augmenter la prostitution cachée, rendant les contrôles plus difficiles et augmentant l’isolement et la vulnérabilité des prostitué(e)s. Les sénateurs semblent s’orienter vers l’abandon de cette mesure et le maintien du délit de racolage, contrairement à ce que proposait le texte initial, conformément à une promesse de campagne de François Hollande.

On peut chercher à limiter la prostitution en luttant contre ses effets pervers, ou en la dissimulant à la vue des bien-pensants, mais une chose semble certaine, c’est qu’on ne l’éradiquera pas. L’acte qui consiste à procurer du plaisir sexuel contre rémunération ne devient blâmable que par référence à des critères idéologiques issus des morales religieuses. Certes, la prostitution forcée doit être très fermement combattue, car en dehors de toute idéologie religieuse, elle met en cause le libre arbitre de l’individu et son droit à disposer de son corps comme il l’entend, mais ne vouloir considérer que cet aspect esclavagiste de la prostitution, c’est effectuer un raccourci sommaire du problème.

La prostituée qui choisit librement ce mode d’exercice ne vend pas une partie d’elle-même, elle effectue une prestation contre rémunération, tout comme un mannequin dispose de l’image de son corps, un ouvrier de l’usage de ses bras ou un intellectuel de l’usage de son cerveau. Mais on ne fait porter l’interdit d’un usage corporel que sur le sexe. On pouvait le comprendre lorsque l’usage du sexe était intimement lié à la procréation, mais ce n’est plus le cas depuis l’apparition des moyens contraceptifs.

Les débats vont donc, peut-être, à nouveau s’enflammer à propos du bien-fondé de l’usage des orifices corporels. Il me semblerait plus important et opportun de s’intéresser à l’usage contre rémunération (prostitution, donc) de l’organe situé juste au-dessus du vagin : l’utérus. Les conséquences de la location de longue durée (neuf mois) d’une cavité utérine où va se développer, en symbiose étroite avec la mère porteuse, un être humain qu’on va vendre ensuite à ses commanditaires, me semble beaucoup plus importantes que celles d’une rapide prestation sexuelle sans conséquences physiologiques particulière pour les effecteurs.

À quand un projet de loi pour pénaliser les clients de cette forme de commerce ?

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