Intervenant sur 1, au Journal de Wendy Bouchard, en compagnie du ministre Rebsamen, d’Olivier Duhamel et de Laurent Baumel, puis dialoguant plus tard avec Alba Ventura, j’ai perçu cette terrible évidence : parler d’un suicidé, l’ancien maire de Tours, sénateur socialiste, qui aurait dû comparaître le 7 avril devant le tribunal correctionnel de Tours pour complicité de prise illégale d’intérêts dans l’affaire dite des “mariages chinois”, est à la fois le comble de l’impudeur et l’opportunité d’un questionnement honorable.

D’autant plus que , cette personnalité intègre pour tous ceux, amis, proches et collègues qui le connaissaient et le côtoyaient, soucieux d’exemplarité et de morale, attaché à l’image qu’il donnait de lui et veillant à ce que sa famille et ses concitoyens en soient fiers et jamais désabusés, nous a laissé une lettre d’adieu qui, quoique brève, est très explicite.

Infiniment touchante parce que juste avant son dernier geste, Jean Germain a eu conscience de la peine et du chagrin qu’il allait causer et, en même temps, a exprimé son indignation devant ce qu’on pourrait appeler, en ne trahissant pas son humeur ultime, la chasse aux politiques.

J’étais persuadé que cette interprétation viendrait et elle n’a pas manqué.

Je ne partage pas cette impression dominante, dans les propos attristés d’une part de la classe politique, d’une sorte de justice vindicative, partisane et unilatérale qui serait peu ou prou impliquée dans cette catastrophe humaine. Il est hors de question d’exploiter ce suicide dans un sens qui viserait à délégitimer, dans tous les cas, l’offensive honorable et compétente des juges contre les transgressions municipales, départementales, régionales et nationales – contre les délits et les crimes de quelque pouvoir que ce soit, de ses collaborateurs, de ses serviteurs.

J’espère aussi n’être pas naïf ni complaisant quand je récuse ce qui sourd de l’angoisse du sénateur : que les réquisitions soient politiques et qu’il soit forcément condamné. Avec beaucoup de mélancolie et toute dignité conservée à son égard, je soutiens qu’il a eu tort même si je comprends trop bien ce que l’inquiétude fait dire et ce qu’une morale qui s’affirme honteusement désavouée se laisse aller à déclarer.

Il n’est pas nécessaire, pour réfléchir sur ce désastre intime, de dénier la valeur démocratique de l’action de la justice dans ces domaines sensibles. Il est clair que le message de Jean Germain, avec d’autant plus de force qu’il le signe de sa mort, renvoie à une responsabilité à la fois médiatique et judiciaire. On n’est pas obligé de tirer de son suicide la preuve absolue de son innocence pour s’interroger sur les prudences, les précautions dont l’appareil judiciaire devrait faire preuve en certaines circonstances. J’entends bien que le principe de l’égalité de tous devant la loi est républicain, et je n’abuse pas de cet adjectif.

Cependant, je suis convaincu que dans le monde composite qui va devoir affronter le processus pénal, sa rigueur, ses contraintes mais aussi ses garanties, il y a des rectitudes, des intégrités, des honneurs tels qu’une forme de délicatesse et de retenue devrait être adoptée. Je ne sais comment. Mais à l’évidence il est absurde d’appliquer la même grille et le même corset, avec la même implacable homogénéité, à un Jean Germain qui va mourir de honte puis se tuer et à un quidam habitué à être comme chez lui dans l’univers des crimes et des délits.

Extrait de : Une lettre d’adieu qui nous en dit long….

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