Editoriaux - Politique - Table - 28 janvier 2016

Prolongation de l’état d’urgence ?

Entre la révélation de la présence de camps d’entraînement de Daech en Europe et les menaces explicites d’attentats contre la France de la part de l’organisation terroriste, tous les experts redoutent, pour les mois à venir, des jours sanglants. Face aux risques avérés encourus par les Françaises et les Français, nos dirigeants vont, à travers un projet de loi, proposer une prolongation de trois mois de l’état d’urgence à compter du 26 février prochain. Le projet gouvernemental est cependant attaqué sur plusieurs aspects. Juridique, avec un recours déposé devant le Conseil d’État par la Ligue des droits de l’homme (LDH). Mais également citoyen, avec des manifestations “anti-état d’urgence” à venir dans les prochains jours.

En y regardant de près, il y a pour l’exécutif trois enjeux majeurs : politique, opérationnel et psychologique.

Politique tout d’abord et, à cet égard, le premier secrétaire du Parti socialiste a donné le ton en déclarant récemment : “Imaginez qu’il y ait un attentat dans quinze jours et qu’on ait levé l’état d’urgence. Qu’est-ce qu’on nous dirait ?” L’argument est effectivement imparable. Le pouvoir se trouve aujourd’hui prisonnier d’un dispositif qui, même si son efficacité devient de jour en jour contestable, n’en demeure pas moins, pour l’heure, le seul à sa disposition. Notons, toutefois, au passage que l’impact sur les chiffres de la délinquance peut s’avérer, le moment venu, très profitable.

Opérationnel, ensuite. Lors de son deuxième point d’étape sur le contrôle de l’état d’urgence, le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, devenu garde des Sceaux, a démontré l’essoufflement du dispositif, soulignant que “les principales cibles et les objectifs ont été traités” et que “l’effet de surprise s’est largement estompé”. Faisant valoir que l’état d’urgence ne détermine pas notre niveau de sécurité (les dernières attaques terroristes n’ont-elles pas été réalisées sous “Vigipirate renforcé” ?), il a assuré que l’“arrêter ne sera pas synonyme d’une moindre protection”. Rappelons que sur les 542 procédures judiciaires ouvertes au 12 janvier à l’issue de nombreuses perquisitions, l’immense majorité concerne des affaires de droit commun, trafics de drogue ou d’armes, et que seules quatre enquêtes ont été confiées à la section antiterroriste du parquet de Paris. Donc, même si le lien entre terrorisme, délinquance et trafics est avéré, l’efficacité du dispositif, dans sa forme actuelle, est relative.

Psychologique, enfin. Après les traumatismes vécus par la population, la situation d’état d’urgence que vit la France actuellement est de nature à rassurer les Français. Sans doute ce ressort est-il très ténu et relève-t-il de l’irrationnel. Mais ne pas en tenir compte serait sans doute une faute.

Il n’en demeure pas moins qu’entre efficacité de la mesure et protection des libertés, le gouvernement est condamné à réussir. Qu’en sera-t-il ?

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