Je suis allée deux fois en colonie dans ma petite enfance. J’en ai un affreux souvenir. Je pleurais tous les soirs : après ma mère, mon chien, ma maison, ma Sologne et ses étangs brumeux… J’avais le mal de la et du pays. Alors aller en colonie sur Mars, vous pensez ! Ça me fait flipper rien que d’y songer.

Pourtant, 202.000 personnes se sont portées candidates pour le projet « Mars One » : un aller sans retour vers la planète rouge. Départ en 2024. Arrivée prévue en 2025.

La deuxième phase de sélection des futurs marsonautes s’est achevée fin décembre. Ces pionniers chargés de fonder la première colonie de l’espace sont originaires de 107 pays. Moyenne d’âge de 25 à 35 ans, 586 hommes et 472 femmes. En tête, les avec 297 préselectionnés, suivis du Canada (75), de l'Inde (62) et de la Russie (52). 22 Français ont été retenus. Il y a de tout parmi eux, des scientifiques et des manuels, « professeurs, ingénieurs, journalistes, voltigeurs, coiffeurs ou encore chercheurs ». Pour l’instant, rien que des humains bio. L’humanité « augmentée », ce sera pour plus tard, quand une 2.0 viendra remplacer les pionniers devenus cacochymes.

À terme, ils devraient être 24 à quitter notre planète bleue pour une éternité de cabanes de jardin (plutôt des citernes) dans un infini désert de sable, avec des tourbillons de poussière à 300 km/heure et des étés à 60° en dessous de zéro. Vous me direz que ça évite les marques de bronzage sous le maillot, mais bon, savoir qu’on va passer sa vie en combinaison pas du tout affriolante, qu’on ne mettra plus jamais la tête à l’air libre pour sentir le soleil sur sa peau et le vent dans les cheveux, ça décoiffe, si j’ose dire.

Victor Hugo, qui écrivit un jour « Waterloo, morne plaine », n’avait aucune idée de ce que morne plaine veut dire. Les « ambassadeurs terriens » vont avoir la vie pour y méditer. À condition qu’ils partent vraiment un jour, ce qui paraît très douteux. Le coût de l’aventure, chiffré à 6 milliards de dollars, devrait être financé « au moyen d'une exploitation médiatique de l'événement ». Car le but - les organisateurs n’en font pas mystère - est de « faire de cette aventure le sujet d'une émission de télé-réalité, au cours de laquelle le public aurait tout loisir d'interagir avec les voyageurs ». Pour ce prix-là, on pourra toujours monter leurs cabanes derrière barbelés et miradors dans le désert du Nevada. D’aucuns disent que ça s’est déjà fait.

Finalement, en relisant ce cher Victor, on se dit qu’il était visionnaire :

Et cette plaine, hélas, où l'on rêve aujourd'hui,

Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !


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21 janvier 2014

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