Chacun devrait relire les Fables de La Fontaine. Elles sont le reflet d’une époque mais, comme bien des comédies de Molière, elles traversent le temps et demeurent toujours actuelles : rien de plus moderne que le classicisme.

Deux faits divers récents font immédiatement penser à la maxime finale des malades de la peste :

“Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.”

En novembre, un jeune homme de 22 ans a été condamné à trois mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de pour avoir dérobé une bûche de chèvre dans un supermarché. Certes, c’était un Marocain en situation irrégulière et il s’était bagarré avec un vigile qui l’avait repéré : il reste qu’on lui infligea une peine particulièrement lourde pour le vol d’un fromage de quelques euros. Comme si la n’avait pas changé depuis la condamnation de Jean Valjean au bagne, pour le vol d’un pain !

Ce verdict serait sans doute passé quasi inaperçu si, un mois plus tard, , dans l’, n’avait été déclarée coupable d’imprudence, mais dispensée de peine. Il faut croire qu’une négligence au coût exorbitant pour l’État est moins grave que le vol d’un fromage. Souvenons-nous, encore, de la fable de La Fontaine où l’Âne est jugé coupable pour avoir tondu d’un pré “la largeur de [sa] langue” :

“Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !”

Certes, Christine Lagarde n’était sans doute pas la seule responsable dans cette affaire. Un tel jugement était-il la meilleure solution pour qu’elle ne prenne pas une dimension plus importante ? Mais tout de même ! La Cour de de la République n’a-t-elle pas reconnu que la dispense de peine était justifiée par la notoriété de l’inculpée ?

“Il doit être tenu compte, pour l’appréciation de la peine, du contexte de crise financière mondiale dans lequel Mme Lagarde a exercé ses fonctions de ministre des Finances. Sa personnalité et sa réputation nationale et internationale doivent être également prises en compte en sa faveur”, dit l’arrêt du tribunal.

Manuel Valls, et même Éric Woerth ont exprimé leur étonnement devant cette décision – réactions qui ne sont peut-être pas dénuées d’arrière-pensées politiques. Une pétition a été lancée, réclamant “un vrai procès pour Christine Lagarde” : elle aurait recueilli, en trois jours, plus de 150 000 signatures.

On comprend que de telles décisions de justice puissent révolter. À considérer la disproportion entre les deux verdicts, il vous prendrait l’envie de faire la révolution et de mettre à bas ces institutions qui protègent les puissants et punissent les faibles.

23 décembre 2016

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