Petite révolution sémantique dans le paysage européen, passée relativement inaperçue. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a, semble-t-il, remisé sa langue de bois au placard. Suite à la fuite récente d’un sergent de l’armée néerlandaise direction l’État islamique, il a réitéré l’une de ses déclarations datant du début d’année, et dans laquelle il affirmait que « les feraient mieux de mourir sur place plutôt que de revenir aux ». Traduction : qu’ils crèvent sur place plutôt que de revenir (De Telegraaf, 4 septembre).

Certes, ce ne sont que des mots… Si l’on imagine mal Valls sortir une telle tirade, nous avons pu assister récemment en direct et en fin d’après-midi à un échange entre un célèbre animateur de jeu télévisé et l’un des candidats présents, le second vantant la manière dont il roula dans la farine les services compétents en charge de sa conscription, le premier se lançant dans une surenchère prouvant qu’il avait été encore plus finaud : on l’aura compris, tous deux étaient particulièrement fiers de leur fait d’armes.

Nous n’en dirons pas autant d’une partie de la européenne actuelle… Des milliers de “ » rêvent en effet, contrairement à Boris Vian et son déserteur, de répandre le sang, voire de rejoindre au plus vite leur créateur et les 72 vierges lascives qui les attendent de l’autre côté, non sans avoir au passage expédié en enfer un maximum de mécréants du côté d’Alep ou d’ailleurs. Les milieux autorisés ignorent totalement si une lecture non fondamentaliste du Coran implique une moindre quantité de vierges ou une absence totale de ces dernières au paradis musulman, ni l’incidence que cela peut avoir sur le degré d’empressement manifesté par ces “jeunes” pour les y rejoindre… Quant aux femmes…

À défaut, nos milieux autorisés se contentent de combattre violemment « l’amalgame », ce truc autrement plus dangereux qu’un « jeune » se baladant dans un TGV bondé avec une kalachnikov chargée… Selon les amis des princes, encore un complot contre l’islam…

Parmi les candidats djihadistes se trouvent, paraît-il, un certain nombre de « convertis ». Convertis, donc, à l’islam, mais la « praxis » résultant de leur récente conversion ne saurait avoir le moindre lien avec… l’islam. Il en va de la réputation d’une de paix et d’amour en pleine expansion en terre islamophobe. Il en va également du job des responsables de cette situation : nos politiques. « Pas d’amalgame ! » est l’ordre du jour qui, pour le coup, devient ordre tout court.

Parler de situation ubuesque est trop faible, car excluant sa dimension résolument comique : des « élites » se creusant dans l’urgence à imaginer des « mécanismes » en amont afin d’empêcher des milliers d’adolescents européens, en âge d’aller en “boum”, de se précipiter à une “boom” où l’on décapite du mécréant avec délectation.

7 septembre 2015

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