Les relations entre l’Europe et le monde musulman sont anciennes. Les croisades ou la Reconquista ont marqué les esprits. A la fin du XIXe siècle, les rivalités entre la thalassocratie anglo-saxonne et le IIe Reich de Guillaume II — avec la tentative par ce dernier de créer une voie de chemin de fer (le Bagdad Bahn) partant de Hambourg, traversant l’Autriche-Hongrie, la Serbie (le talon d’Achille de Berlin) et l’Empire ottoman pour aboutir jusqu’au Golfe persique (l’actuel Koweit) — ont conduit à la Première Guerre mondiale. Les Anglais ne supportaient pas l’idée de voir cette zone géographique, productrice de pétrole, contrôlée économiquement par l’Allemagne wilhemienne.

À partir de 1918, la victoire anglaise en liaison avec les Américains permit le contrôle de toute la péninsule arabique. Par la suite, cette mainmise perdura malgré des oppositions comme en Iran avec l’affaire Mossadegh (victoire américaine avec l’opération AJAX en 1953). Poursuivant leur implantation dans cette région, les Anglo-Saxons sont passés à la vitesse supérieure. Le principe du « Choc des civilisations », dont l’expression remonte à 1957 sous la plume de l’islamologue Bernard Lewis dans son ouvrage « Islam », a été renforcé par une multitude d’initiatives au service du monde anglo-américain et israélien. Nous pouvons relever les travaux de Richard Perle en 1996 avec le rapport « A clean break : a new strategy for securing the realm » (texte appelant à un départ de Saddam Hussein, une action de la Turquie et de la Jordanie contre la Syrie…). Ajoutons la revue militaire américaine AFJ qui a publié, en juin 2006, sous la plume du lieutenant-colonel Ralph Peters, un article prônant la balkanisation des États musulmans (voir les deux cartes ci-dessous) et la refonte de l’islam avec la création d’un « État sacré de l’islam » autour de la Mecque et de (« un Vatican musulman », selon son expression) doté d’un « Conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements de l’islam ». Cette politique correspond à une sorte de Vatican II de l’islam qu’on cherche à adapter à l’esprit mondialiste.

Cependant, c’est l’article de Yoded Yinon, ancien fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères israélien, paru en 1982 dans le World Zionist Organisation et reproduit dans la revue Confluences méditerranée (n°61, printemps 2007), sous le titre « Une stratégie persévérante de dislocation du monde arabe », qui s’avère être le plus « percutant ». Après une description minutieuse, ethnique et religieuse, du monde musulman du Maroc au Pakistan, l’auteur appelle à une dislocation de l’Irak (en trois zones, kurdes, chiites et sunnites), du Liban, de l’Égypte, du Soudan, de la Libye et de toute la péninsule arabique. Même si le népotisme et la corruption sont la marque de fabrique des gouvernements arabes, au vu de ces quelques textes susmentionnés, on ne peut pas croire que le fameux « Printemps arabe » soit un événement spontané. Méditons cette phrase du diplomate Charles-Maurice de Talleyrand : « Agiter le peuple avant de s’en servir. »

20 décembre 2012

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