Editoriaux - Politique - Télévision - 19 novembre 2016

Primaires : un show qui n’est pas à la hauteur des enjeux

Dans l’attente du second tour de la primaire, qui désignera le champion de la droite et du centre pour la prochaine élection présidentielle, la campagne du premier tour s’est achevée, ce jeudi soir, sur le troisième débat organisé entre les candidats déclarés. Première à droite puisque, conformément aux pratiques de la Ve République, les précédentes élections avaient vu la désignation d’office du résident sortant, cette primaire nous apporte toutefois quelques enseignements.

Tout d’abord sur l’évolution de nos institutions. En effet, depuis la décision du général de Gaulle de faire élire le président de la République au suffrage universel direct, jamais les partis ne s’étaient, de manière aussi flagrante, réappropriés cette élection majeure. Déjà à l’époque, lors du référendum de 1962, les partis politiques en place s’étaient-ils montrés hostiles à ce que le peuple puisse élire son Président. Mais la détermination de De Gaulle s’était montrée la plus forte, et les Français s’étaient exprimés à une large majorité pour lui donner raison. On assiste donc, aujourd’hui, à une revanche de l’establishment qui, à sa manière, reprend la main sur cette élection. Là encore, droite et gauche auront su se retrouver !

Le second enseignement à tirer de cette “nouvelle formule” électorale réside dans l’existence, ou non, d’une valeur ajoutée au débat démocratique. Les électrices et électeurs qui ont suivi les trois débats télévisés auront pu, sans a priori, relever les tendances suivantes. Absence de profondeur dans les débats. Chacun des candidat(e)s n’a eu que le temps de surfer sur des sujets parfois très importants qui auraient mérité de plus grands développements. Les participants à cette primaire l’ont eux-mêmes, pour certains, déploré. Absence de cohérence dans les questions posées. Les candidats, sur les mêmes thèmes, se sont vu poser des questions différentes, ce qui ne leur a pas permis de répondre de manière logique et structurée. D’où une grande confusion qui a nui à la clarté du débat et des explications.

Absence, enfin, d’un vrai fil conducteur, qui aurait permis de mettre l’accent sur les réelles différences de contenus entre les programmes des candidats. En conclusion, on ne peut que souligner la médiocrité de cette joute politique qui, en définitive, n’aura guère contribué à éclairer l’électeur. Une fois encore, il apparaît clairement que les protagonistes avaient plus à perdre qu’à gagner en participant à ces émissions en direct.

Troisième élément d’analyse : a t-on assisté à un show digne de ce nom et à la hauteur de l’enjeu ? Rien n’est moins certain. Ce type de débats télévisés, hérités des pratiques d’outre-Atlantique, se veut un spectacle tout autant qu’une prestation politique. Lâchés dans l’arène médiatique, les impétrants ont été livrés à des journalistes peu reluisants, ainsi qu’à leur propre volonté d’en découdre. Cela nous a donc parfois valu – et ce fut le cas lors de ces trois débats – des questions parfaitement déplacées, sans lien avec les sujets abordés, ou quelques règlements de comptes personnels qui n’ont guère élevé la prestation.

Sans être nostalgique des vieilles émissions politiques, qui voulaient que chaque candidat puisse, face à un parterre de journalistes compétents, présenter ses idées et son programme, on ne peut que regretter le caractère superficiel de ces shows médiatiques dits modernes qui, en fin de compte, vide un peu plus la politique de sa substance. Et Dieu sait qu’elle n’avait pas besoin de ça !

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