Editoriaux - Politique - 1 décembre 2016

Primaires : pour ne plus attendre l’homme providentiel…

L’écrasante majorité des gens de droite patriote que je connaissais était, jusqu’ici, plutôt hostile, voire très hostile à l’idée d’une primaire. « Cela trahit l’idée de la Ve République », disaient-ils comme Zemmour, parce que ça remet les partis au centre de la vie politique. Ah ! Les institutions de la Ve ! Le rendez-vous mystique entre un peuple et un homme ! Voilà qui émeut immanquablement (et à juste titre !) le cœur du Français, resté monarchiste au fond de lui après tout ce temps.

Mais des optimates aux populares jusqu’aux ligueurs et aux huguenots en passant par Bourguignons et Armagnacs ou Médicis contre Pazzi, même sans idéologie, il y a toujours des partis.

Une des raisons pour laquelle la gauche, malgré sa constante infériorité numérique, a toujours réussi à garder le contrôle des institutions, c’est qu’elle accepte le principe de se battre comme parti. La droite, elle, depuis la mort du roi, guettait la « synthèse » utopique, d’« un homme capable de… », endurant patiemment les brimades de la marâtre en se disant qu’un jour, son prince viendrait. Convenons-en : le résultat est un désastre car aucun Bonaparte ni aucun de Gaulle ne peut réparer en quinze ans ce que la gauche broie et déchire en cinquante ou soixante ans – que dis-je, en un siècle !

Aussi, les diverses primaires aux USA comme en France ont-elles été une leçon salutaire. On n’attend pas que l’homme providentiel tombe des nuages, il faut créer les conditions pour qu’il arrive.

Pour commencer, je ne sais pas en quoi la communion entre le candidat et le peuple était meilleure quand il était élu par trente apparatchiks que par trois millions de Français. Ensuite, la Ve République n’est pas une fin en soi. C’est une forme, des mots sur un papier ; ce qui compte, c’est le fond : les moyens de redresser ce pays par une vraie politique de droite.

Or, les primaires ont cet avantage incomparable que le candidat n’est plus imposé sans appel à des électeurs captifs que l’on soumet au chantage : « Élisez un faux droitiste ou vous aurez un vrai gauchiste. » Ce n’est plus aussi facile aujourd’hui. Le candidat doit d’abord donner des garanties à son propre électorat, si longtemps orphelin, qui a au moins son mot à dire dans la désignation de celui qu’il tentera de porter au pouvoir.

Ces primaires terminées, les gens de droite commencent à apprécier tout le potentiel qu’ils peuvent tirer de la démocratie. La gauche a beaucoup utilisé la démocratie, et l’a beaucoup « forcée » aussi à grands renforts de journaux, de tribunaux, de service public aux ordres (enseignement, poste, cheminots). Avec le référendum de 2005, l’élection des maires FN en 2014, le Brexit, Orbán en Hongrie, le retour des conservateurs en Pologne, Trump, l’Autriche bientôt, et maintenant l’éviction humiliante de Juppé, la droite (ou les droites) a remporté toutes ces batailles à la loyale sans la débauche de moyens et d’intimidation que socialistes (au sens large) déploient d’ordinaire. Et cela, en soi, est un rayon d’espoir qui donne la direction à suivre : il faut suivre un homme, certes, mais un homme défendant des principes qu’il sera prié de respecter sous peine de perdre son commandement. La démocratie a beaucoup de défauts, mais elle a cette vertu de rendre cela possible.

Oh ! Le chemin, en France du moins, est encore très long ! Mais les augures promettent de grands triomphes à ceux qui daigneront se battre.

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