Dure semaine pour Trump : l’ancien président George Bush, son successeur Obama puis le pape l’avaient « excommunié » à quelques jours de l’élection. Mais Canossa ne fut pas au rendez-vous ce 20 février : Trump l’a emporté avec 32,5 %, contre 22,5 % pour les deuxième et troisième places (Marco Rubio, Ted Cruz).

Trump n’est pas l’empereur Henri IV… Il a laissé son propre lobby catholique calmer le jeu en coulisses avec le pape, affirmant sur les ondes qu’au fond il ne voulait pas de conflit avec ce dernier, lequel fit répliquer que ses propos ne visaient pas Trump personnellement. Le temps de faire prendre la mayonnaise « antipapiste » de la très évangéliste Caroline du Sud et de réveiller la réaction immunitaire de la population face à l’intrusion d’un État étranger (le Vatican) dans ses affaires internes…

En organisant au Mexique une messe sous le nez des postes-frontières américains à El Paso, puis affirmant dans son vol de retour que « n’est pas chrétien un homme qui ne veut que construire des murs plutôt que des ponts », précisant que c’est hors-Évangile, François a perdu son assise, provoquant une série d’exégèses de la part des pasteurs protestants tentant de prouver que la Bible regorge de murs, comme d’histoires de luttes pour la nationale. Il est vrai que l’inspiration leur venait de l’Ancien Testament…

Trump n’est pas allé jusqu’à dire que l’État du pourrait donner l’exemple en acceptant à l’intérieur de ses frontières un million de réfugiés du Proche-Orient, mais il a noté que le pape devrait plutôt prier pour son élection en novembre à Washington afin de se prémunir contre le jour où le califat « suprémaciste » ciblerait la Ville éternelle.

La victoire en Caroline du Sud devrait servir d’exemple. Les catholiques ont voté pour Trump, lequel couvre en profondeur un spectre large : la modérée de l’establishment (les cadres urbains), la droite martiale des néo-cons (retraités et anciens combattants) et les évangélistes (ruraux et cols bleus). Sans oublier les ouvriers qui votaient Obama…

Quant à madame Clinton, elle ne fut pas critiquée par le Saint-Père, se présentant comme la candidate des minorités et des importations migratoires. Il y a encore trois mois, le Nevada donnait Hillary gagnante avec 20 à 30 points d’avance sur Sanders. Ce 20 février, jour du caucus démocrate, son score poussif de 52,7 % lui a permis de capter les personnes âgées (majoritaires au Nevada) et les Afro-Américains… mais pas les latinos (population jeune) qui se sont majoritairement laissés séduire par Sanders, lequel grignote patiemment la candidate du passé.

Les résultats du Nevada et de la Caroline du Sud comme les mauvais calculs du système des partis s’expliquent (CNN) par deux préoccupations majeures : une économique, un sentiment d’abandon. Comme le disait un pasteur, on ne vote pas pour Trump parce qu’on veut un prédicateur en chef… On veut quelqu’un qui va régler les problèmes. De même, les électeurs de gauche veulent qu’on leur trouve du travail (Sanders), et pas nécessairement se prosterner devant une idéologue soixante-huitarde.

Codicille intéressant : une partie des électeurs de Sanders ont Trump pour deuxième choix et vice versa. Un « pont populaire », en somme…

23 février 2016

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