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Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - 9 mars 2016

Primaires de la droite : trop d’ambitions, pas assez de convictions

Et de dix ! Avec les candidatures de NKM et sans doute de MAM, la primaire de la droite et du centre semble avoir atteint le point au-delà duquel cette innovation qui nous a donné le président Hollande et que la droite a imitée, aussi bêtement que promptement, sombrerait définitivement dans le ridicule et l’insignifiance.
 
Essayons une petite revue des candidats en présence, aussi lucidement que possible, au cas où nous serions tenté d’aller voter à cette primaire ouverte, ou même, sait-on jamais, d’adhérer à ce parti pour pouvoir soutenir une candidature qui répondrait à nos attentes.
 
Balayons tout de suite l’éventuel candidat centriste ou UDI. M. Fromentin a eu le courage de quitter ce parti-croupion qui n’a plus d’« indépendant », dit-il justement, que le I de son nom. Et l’aura personnelle de MM. Lagarde, Morin, Jégo ou Bayrou ne semble guère pouvoir dépasser leur petite baronnie, gracieusement concédée par le parti (grand) frère.
 
Du côté des poids lourds, Sarkozy, Juppé, Fillon : tout a été dit sur leurs atouts et leurs limites. La principale – et elle leur est commune – est qu’ils ont exercé tous trois les plus hautes responsabilités ces vingt dernières années et qu’ils sont responsables, au même titre que les socialistes, de l’état désolant de notre pays et de l’Europe. Pour un patriote de droite, cela fait un lourd passif. Chacun devra donc se surpasser pour faire oublier plusieurs lignes de son CV, ou trouver des personnalités fortes qui compenseront leurs nombreuses déficiences. Ils devraient y songer rapidement, avant même l’affrontement de la primaire.
 
Regardons les outsiders, toujours en quête de lucidité, d’engagement, de conviction, et d’une espérance pour la France. Ces seconds rôles qui se veulent la virginité incarnée partagent malheureusement le handicap de leurs aînés : ils ont été, eux aussi, bien impliqués dans la gestion calamiteuse de la France ces dix dernières années. M. Le Maire peut bien faire la guest-star au Salon de l’agriculture, les paysans d’ici n’ont pas oublié qu’il fut ministre des Affaires européennes et de l’Agriculture… Quant à NKM, l’écotaxe, c’était pas elle ? Ne parlons pas de M. Lefèbvre ou de Mme Morano.
 
Reste M. Mariton. C’est un homme de conviction, de courage, et compétent. Lui n’a jamais sacrifié ses valeurs à ses ambitions, et n’a donc pas été ministre. Autant dire une perle rare, dans ce parti. S’il ne parvenait pas à recueillir les soutiens nécessaires pour se présenter, chez les parlementaires et les militants, ou s’il ne réalisait qu’un petit score, ce serait révélateur de l’état avancé de décomposition de ce parti. Et pour M. Mariton, l’heure de vérité : servir de caution, pour le second tour de la primaire, à un poids lourd, avec en ligne de mire un maroquin ? Ou quitter enfin un navire qui sert des ambitions, au détriment de ses convictions ?
 
De Gaulle disait qu’après lui, ce ne serait pas le vide, mais le trop-plein. La droite déliquescente qui a abandonné ses racines gaullistes accomplit en ce moment cette prophétie au-delà de ce qui était imaginable : c’est à la fois le vide (des valeurs et des convictions) et le trop-plein (des ambitions).

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