Après la première primaire du Parti socialiste, de certains écologistes et d’une radicale de gauche à l’air un peu égaré – elle a dû voir de la lumière avant d’entrer par inadvertance –, la vérité oblige à dire que ce début de feuilleton n’a, pour l’instant, rencontré qu’un succès d’estime. À la façon d’un film d’art et d’essai dans lequel il y aurait eu plus d’essai que d’art.

À propos d’essai, ce possible ballon éponyme, lancé par l’Élysée ? Ce qui expliquerait que l’avocat Dominique Villemot, proche de François Hollande, puisse estimer, dans Le Journal du dimanche, que le Président "soutiendrait probablement Emmanuel Macron fin février ou début mars"… Comme il se doit, on dément vigoureusement à l’Élysée. Dominique Villemot aussi : "Dans le texte que j’avais relu, j’avais écrit “Je pense qu’il n’est pas exclu que le Président soutienne Macron” et non “Mais François Hollande va probablement soutenir Macron”."

« Pas exclu, donc »… Tout est question de nuances. Moins nuancées sont les déclarations de deux proches de François Hollande, Jean-Pierre Mignard et Ségolène Royal. Le premier votera Emmanuel Macron. La seconde ? "Une fois désigné le vainqueur de la primaire, je verrai en fonction de tout : de l'ambiance, du niveau de la primaire, de ce qui se passe, de ce qui se dit. Je n'ai aucune contrainte. Je ferai ce qui me semble le plus utile à la victoire de la gauche. Je sais que ma parole a du poids. J'utiliserai cette capacité pour aider celui qui sera en meilleure posture pour rassembler." À en croire les actuels sondages, on voit donc bien qui serait "en meilleure posture pour rassembler". Il est vrai que Ségolène Royal n’a pas de cadeaux à faire à un PS qui, en 2007, ne lui en a guère fait, c’est le moins qu’on puisse prétendre.

Ce deuxième round ne commence donc pas tout à fait sous les meilleurs augures ; en termes de rassemblement, s’entend. En effet, nos sept loustics se condamnent à jouer dans une impasse à sens unique, coincés qu’ils sont de toutes parts.

Le pouvoir en place ou ce qu’il en reste, on l’a vu, soutient ces candidats, telle la corde le pendu. Pis : ils sont pris en étau entre deux gauches jouant hors primaires, l’une libérale et libertaire pour Macron, l’autre populiste à tendance ébouriffée pour Mélenchon. Pour tout arranger, non contents de se garder de la gauche de la gauche et de l’écologie politique, tendance canal historique, il leur faut en sus affronter une vague mariniste n’en finissant plus de mordre ou de les dépasser sur leurs électorats traditionnels qu’étaient les jeunes, les ouvriers et les fonctionnaires. Dieu merci pour eux, François Fillon demeure un adversaire plus convenu, plus convenable, plus aisé, finalement ; même si lui est aussi débordé par une Marine Le Pen grignotant sur des catégories électorales telles que les classes moyennes, les petits patrons et les retraités, son fonds de commerce historique.

À sept sur un ring grand comme un placard à balais, ça laisse effectivement peu de place. Surtout lorsque plane le spectre d’un nouveau 21 avril qui pourrait bien être plus menaçant pour le système qu’ils représentent tous, à des degrés divers. Les retrouvent ainsi un peu de leur lustre d’antan. Le protectionnisme intelligent pourrait bien être l’un des enjeux de demain. Quid de la France et d’une à la croisée des chemins (l’OTAN se retire, la Russie se relève) ? Quels rapports avec le sud de notre Vieux Continent et le nord de l’Afrique ?

Soit autant de sujets évidemment passionnants, mais de longue date traités plus en profondeur par les têtes pensantes du Front national et portés plus haut et fort par Marine Le Pen…

Dans cet exercice de transformisme politique, les plus plausibles sont, comme la fois dernière, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Bennahmias qui, cette fois, ne ressemble pas à une sorte de Bourvil sous acides. En sont-ils pour autant convaincus et convaincants ? Réponse lors de la troisième et dernière saison de cet interminable pensum d’une télé-réalité politique d’un genre nouveau. Après l’art et essai plus haut évoqué, la nouvelle vague, pour demeurer dans un semblable registre ? Plus vague que nouvelle, juste histoire de paraphraser ce cher Michel Audiard.

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15 janvier 2017

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