Nos dirigeants viennent d’enfourcher un nouveau cheval de bataille : la lutte contre le gaspillage alimentaire, en particulier celui des grandes surfaces commerciales, afin que les produits invendus mais encore consommables ne soient plus détruits mais donnés à des associations humanitaires.

Voilà une idée généreuse et oh combien nécessaire même si, d’après les informations diffusées par les grands médias pourtant si complaisants avec le pouvoir politique, lesdites associations récupèrent déjà l’essentiel des marchandises périmées et que les ménages sont, paraît-il, responsables de 95 % de ce gaspillage, estimé chaque année entre 6 et 10 millions de tonnes.

Sans vouloir moquer ces déclarations de bonnes intentions, il apparaît à tout le moins paradoxal de dénoncer les effets délétères d’une société de consommation qu’aucun décideur ou acteur économique n’entend contester et où le « moral des ménages » est évalué en fonction de leur propension à la dépense.

En réalité, le gaspillage constitue un élément consubstantiel au système capitaliste libéral et marchand qui tend à s’imposer partout dans le monde, sous l’égide du « modèle » américain : fondé sur la surconsommation et le crédit, il encourage l’acquisition de biens dont l’utilité reste souvent à démontrer pour l’acheteur, incité à renouveler son mobilier et ses appareils ménagers (dont l’obsolescence est programmée par les constructeurs) ou à remplir son réfrigérateur au-delà du nécessaire avec des aliments trop riches vantés par la publicité, favorisant les maladies cardio-vasculaires, certains cancers et pouvant conduire à l’obésité.

À cet égard, les mesures régulièrement annoncées contre ces autres fléaux, tout autant provoqués par le comportement conditionné du consommateur que le gaspillage, illustrent une fois encore la schizophrénie de nos sociétés d’abondance.

, comme pour la défense de l’environnement, la lutte contre la pollution, l’épuisement rapide des ressources de la planète ou les dégâts causés par l’industrie agro-alimentaire, seule une remise en cause structurelle du système actuel permettrait de retrouver un mode de vie plus sain et plus proche de la nature et, pourquoi pas, de revenir au « temps béni » évoqué par Jean Ferrat dans sa célèbre chanson « La Montagne »…

Mais une telle révolution des mentalités qui, en l’absence de pénurie, suppose beaucoup de contrôle de soi et une discipline mentale encourageant la sobriété et la frugalité, s’oppose résolument à l’idéologie libérale-libertaire issue de Mai 68, portée par une génération parvenue aux affaires, qui exige de « jouir sans entraves » et pour qui freiner ses pulsions consommatrices paraîtrait impensable ! Et alors même que, sans rire, certains héritiers de ce mouvement se prétendent écologistes…

Décidément, malgré les cortèges de gaspillages et de pollutions en tous genres qu’elles engendrent, nos sociétés matérialistes et mercantiles ont encore de beaux jours devant elles !

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