Il s’en est fallu de peu. Mais ce dimanche, aux alentours de 23 heures (heure française), la présidente Dilma Rousseff (PT) a été réélue à la tête du cinquième plus grand pays de la planète. 51,6 % des suffrages exprimés pour l’ex-militante communiste, largement vainqueur dans les régions afro-brésiliennes, indiennes et métisses du pays. Le Sud et les États majoritairement blancs ayant souvent plébiscité le candidat du centre-droit, le « tucano » Aécio Neves.

Il n’y avait qu’à voir les militants des deux camps pour comprendre la division socio-ethnique du pays.

Malgré un mandat entaché d’énormes scandales de corruption, malgré la quasi-récession qui frappe le pays et l’explosion de la violence, Dilma l’emporte, permettant ainsi au Parti des travailleurs de continuer son règne. Règne dont l’objectif – parfois avoué – est de changer la société brésilienne en profondeur: obligation de quotas raciaux dans les universités, établissement d’une véritable chape de plomb de politiquement correct, etc.

Ironie de l’histoire, et malheur pour la droite brésilienne, le PT, mouvement issu de l’extrême gauche, a bénéficié depuis son accession au pouvoir en 2002… des réformes réussies par la droite. Notamment le fameux « plan real » du président Henrique Cardoso ou encore la Bolsa Família (bourse familiale, NDLR) qui a extirpé de la pauvreté des millions d’habitants.

Contradiction, à l’issue du scrutin de dimanche, où l’on votait également pour les gouverneurs des États, on relèvera néanmoins que le PSDB, parti d’Aécio Neves, va diriger 72 des 201 millions du pays (le PSDB gère notamment l’État de São Paulo, 44 millions d’habitants, où Aécio a fait un score de 64 % au second tour) alors que le PT se contentera de 48 millions. Le PT est bien le parti des zones rurales quand le PSDB est celui des zones urbaines, Rio exceptée.

Pour donner un exemple précis, dans la région du Nordeste, métissée et très pauvre, dont les habitants sont souvent méprisés par les Brésiliens du Sud, Dilma a écrasé le candidat de droite en gagnant 1.771 des 1.792 municipios (agglomérations) avec parfois plus de 90 % des suffrages.

Le vote blanc/classe moyenne, normalement favorable au PSDB, a été grignoté, notamment au Minas Gerais (victoire de Dilma), grâce en partie à une excellente campagne de contre-propagande sur le Web. Le PT a accusé Aécio des pires turpitudes : il aurait frappé sa compagne en public, un hélicoptère bourré de drogue aurait été retrouvé dans sa propriété etc. Des fakes souvent grossiers, mais qui ont payé dans une partie de la jeunesse blanche peu politisée.

La carte des résultats par région est impressionnante et confirme le vote ethnico-social, de plus en plus important.

Au final, l’élection de Dilma nous confirme que dans toutes les démocraties multiethniques, le vote finit par être… ethnique.

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