Aubry s’agite dans l’ombre. Aubry fait de l’œil à la gauche de la gauche. Aubry parle aux frondeurs de son parti. Aubry se met en ordre de marche en vue de la mère de toutes les batailles pour le Parti socialiste : le congrès ! Et puis, in fine, qu’apprend-on ? Qu’en vue du congrès de Poitiers, le 28 mai prochain, se rallie à la motion Cambadélis, celle du gouvernement Valls et de sa politique néo-libérale avalisée par Hollande.

Rappelons que pour un parti d’élus et de permanents, avec des militants venus de la fonction publique et des associations bidon et autres relais franc-maçons qui gravitent autours de lui, il n’y a pas plus important que le congrès et les motions qui se disputent le suffrage des adhérents. On y compte ses forces en vue des prochaines élections. S’y déploient, avec un certain talent, la vilenie et la veulerie des apparatchiks de parti et les manœuvres de sous-main des crétins qui ont raté l’école.

Dès lors, que veut donc la très orthodoxe dame des 35 heures et du socialisme du care ? Est-ce une sorte de syndrome familial (le j’y-vais-j’y-vais-pas de Delors père en 1995) ou les prémices d’une stratégie toute florentine, fort subtile et très tordue, puisée au modèle mitterrandien et concoctée par l’Élysée même ?

Je crois à la seconde hypothèse et en la possibilité un peu baroque d’un “ticket” Hollande-Aubry dans la perspective des présidentielles 2017.

Aubry serait la solution de rechange au cas où l’impopularité de la politique du duo Hollande-Valls susciterait des candidatures multiples à gauche sans pour autant séduire assez l’électorat du centre. Seule Aubry, avec ses galons de gauche sociale, et de femme, peut convaincre le Front de gauche et les écologistes de ne pas avoir de candidat, ensemble ou séparément, et d’éliminer ipso facto celui du Parti socialiste au second tour. Il s’agit d’éviter un bis repetita du scénario Jospin de 2002.

Sous la Ve République, il est un principe valable pour toutes les élections présidentielles : au premier tour, on rassemble son camp, en intégrant les extrêmes ; au second tour, on élargit au centre pour faire la différence. Cette double règle s’applique à la droite et à la gauche, à l’exception des Présidents sortants qui se doivent d’être moins clivants, en jouant de l’appel au centre dès le premier tour, l’unité de leurs partisans étant (théoriquement) acquise.

Les candidats les plus au centre ont toujours été éliminés au soir du premier tour : Chaban en 1974, Barre en 1988, Balladur en 1995, Jospin en 2002, Bayrou en 2007 et 2012.

En 1981, Mitterrand a gagné grâce à son Union de la gauche fort clivante, et en 1988 grâce à sa France unie plus consensuelle. Le Chirac de 1995 joua du droitier contre l’orléanisme balladurien, et celui de 2002 de sa France ensemble très gnangnan face au FN.

En 1974, Giscard était plus à droite que Chaban et il gagna. En 1981, il s’est trouvé trop à droite et il perdit. Idem pour le Sarkozy clivant de 2007 qui récupéra les thèmes du FN et l’emporta, quand en 2012, face à un Francois Hollande qui ne faisait pas le poids, avec un camp peu uni derrière lui, plutôt que le consensus, il choisit la ligne dure susurrée par Patrick Buisson, et il chuta.

Pour toutes les raisons qui précèdent, je me risque à pronostiquer, pour 2017, une bataille entre Martine Aubry qui défendrait les couleurs d’une gauche presque unie, avec l’appui de Francois Hollande, et un Sarkozy vainqueur de Juppé pour l’UMP (je m’en expliquerai dans un prochain article), les deux face à Marine Le Pen, la favorite du premier tour, avec Bayrou derechef pour faire joujou au centre.

12 avril 2015

À lire aussi

L’escalade prévisible et la guerre civile en ligne de mire

Qu'on le veuille ou non, nos rodomontades guerrières et le tintouin de l'état d'urgence s'…