se présente lui-même comme un “berger” qui brigue la place suprême “à l’Élysée” : cela semble impliquer l’économie de mots. En effet, le site consacré à sa candidature présente un programme éducatif assez succinct qui tient davantage d’une idée qu’il se fait de l’école, mêlée à un certain constat de son état actuel, que d’un projet précis et factuel.

On pourra apprécier que M. Lassalle souhaite le retour à “l’instruction publique” et la possibilité, pour l’élève, de s’épanouir le plus tôt possible dans “ses talents” ; mais M. Lassalle semble penser que ces talents ne peuvent aboutir qu’à une orientation professionnelle pensée comme essentiellement manuelle, artistique ou sportive. S’il commence son programme éducatif en rappelant l’importance de l’apprentissage de la langue et de la culture, il insiste en revanche davantage sur le métier auquel l’élève se destine, notamment lorsqu’il déclare : “L’esprit de l’élève doit être formé à produire et à créer […]”

L’élève ne peut-il être simplement « instruit » au sens latin du terme, c’est-à-dire « organisé » et « outillé » à d’autres fins que la production ou la création : le rêve, la contemplation, le bien-être moral et physique, le loisir ? Ne s’agit-il pas de permettre à l’élève de construire l’homme qu’il souhaite et peut être, non l’homme que la société veut fabriquer ? Mettons que son économie de mots nous empêche de comprendre tout cela dans son programme, une question reste toutefois en suspens : comment va-t-il mettre concrètement en œuvre ce projet ? Qu’entend réaliser M. Lassalle lorsqu’il déclare : “Je propose que chacun d’entre eux [les élèves] soit suivi attentivement, au long de sa scolarité, par un petit groupe autour des enseignants, attentif à repérer ses talents […]” ? Est-ce un petit groupe d’élèves, d’enseignants, de parents, d’intervenants divers, de toutes ces personnes en même temps ? Quels seront les moyens concrets de ce groupe pour parvenir à l’épanouissement de l’élève dans ses apprentissages ?

Par ailleurs, M. Lassalle semble vouloir supprimer l’obligation scolaire jusqu’à seize ans, mais supprimera-t-il le collège unique, la carte scolaire ? Concernant le collège unique, la réponse paraît à l’évidence positive, mais par quel système sera-t-il remplacé ? Ou bien M. Lassalle préconise-t-il l’absence de système ? Bref, le programme éducatif de ce candidat est, certes, original et en décalage avec ceux des autres candidats, ce qui apporte un peu de fraîcheur au débat public, mais manque peut-être d’assise pour propulser M. Lassalle à la plus haute charge de notre pays, ou encore de poids et de précision pour obliger les autres candidats à nuancer leur propre programme.

À lire aussi

Écriture inclusive ou écriture exclusive ?

La succession de points médians et de finales entrelacées gêne la lecture et retarde la co…