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Culture - Editoriaux - Médias - Politique - Table - 9 octobre 2015

Le président des Républicains, le cul entre deux chaises

Mercredi soir, la commission nationale d’investiture des Républicains a décidé d’évincer Nadine Morano de la tête de liste en Meurthe-et-Moselle pour les élections régionales. Elle pourrait même se voir prochainement retirer son poste de secrétaire départemental. La députée européenne a, en effet, refusé d’écrire la lettre d’excuse qui lui était demandée après ses propos sur France 2. hésitait beaucoup, ne sachant sur quel pied danser, dans la crainte de réactions au sein même de son parti. Philippe Richert, chef de file LR pour les régionales en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, n’avait-il pas exercé la veille ce que d’aucuns appelleront une clause de conscience, d’autres un chantage, en prévenant que toutes les têtes de liste départementales démissionneraient si jamais l’investiture de Nadine Morano était confirmée ? Mais un certain nombre d’adhérents n’approuveraient-ils pas le point de vue de l’eurodéputée ? Un sacré dilemme !

Seulement, voilà : la base se rebiffe ! Et que Manuel Valls en remette une couche en se félicitant des sanctions enclenchées par Les Républicains ne l’apaise guère. “Mes électeurs m’en parlent tous les jours”, assure un député du Var, cité par Le Figaro.fr du 7 octobre : “Ils me demandent ce que Morano a fait de mal en disant, comme de Gaulle, que la France est un pays de race blanche, et franchement, je ne sais pas quoi leur répondre.” Bref, même s’ils regrettent la maladresse de la formulation, beaucoup d’électeurs de ce parti partagent le point de vue exprimé par Nadine Morano. Comme l’a déclaré Philippe de Villiers, interrogé jeudi sur BFM, “on voit bien ce qu’elle a voulu dire”, rappelant que nos ancêtres étaient des Gaulois : “Aujourd’hui, la France n’est pas un pays de race blanche, elle est multi-ethnique, mais elle est uni-culturelle.” Nicolas Sarkozy aurait été bien inspiré de se livrer à une telle explication de texte plutôt que de tomber dans le piège tendu par les médias et les chantres de la bien-pensance.

Selon le même Figaro, Nicolas Sarkozy aurait confessé : “Chacun me connaît, je ne suis pas adepte de la pensée unique. Mais il ne faut pas remplacer la pensée unique par la pensée fausse. Et quand je dis “pensée”…” Ne resterait-il donc que sa propre pensée pour être valide ? Ne vient-il pas lui-même de céder à la normalisation de l’esprit ?

Quel peut être son véritable calcul ? Il donne la réponse : obtenir des voix de gauche au second tour des régionales si le PR se trouve opposé dans un duel au FN. La faute de Nadine Morano serait d’autant moins pardonnable à ses yeux qu’elle “risque de dissuader des électeurs de gauche” de voter pour les Républicains dans ce cas de figure. Tiens donc ! Il aurait des arrière-pensées électorales ? Décidément, c’est une habitude. On se souvient qu’en 2007, il avait cherché à siphonner les voix du Front national – avec quelque succès – et qu’il avait récidivé au second tour des présidentielles de 2012 – en vain, cette fois.

Nicolas Sarkozy est en campagne. Pour les régionales d’abord. Pour les présidentielles ensuite. Il voudrait réunir le maximum d’électeurs sur sa droite et sur sa gauche, au prix de la crédibilité de ses convictions. Il oublie, en la circonstance, qu’un grand nombre des adhérents et sympathisants de son parti envisageraient volontiers des accords avec le Front national. Mais ne doutons pas qu’il fera de nouveau appel aux électeurs de Marine Le Pen en cas de besoin.

L’opportunisme a ses limites. Quand on a le cul entre deux chaises, on risque fort de tomber à terre et de se retrouver Gros-Jean comme devant.

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