Le nombre exorbitant de commentaires désobligeants quoique sincères concernant mon texte sur la plausibilité de la présidence de Marine Le Pen me contraint à reprendre la plume – ou plutôt le clavier.

Beaucoup de lecteurs aiment confondre l’argumentation et l’argumentateur. Mais si je dis que la prise de pouvoir du Front national est impossible, ce n’est pas parce que je trouve que c’est un bien. C’est parce que je trouve que c’est un fait. Sur mon fond pessimiste, je n’ai pas à me défendre. Bernanos disait que « l’optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste un imbécile malheureux ». Je suis un imbécile malheureux et j’en ai toujours bien vécu.

La situation de la France aujourd’hui ? Le syndrome sibérien. Celui qui tombe dans l’eau glacée en Sibérie a deux solutions : attendre de mourir de froid dans l’eau – solution UMPS — ou se congeler en s’en extirpant – solution FN –, qui peut intéresser un système partisan de la thérapie de choc pour la France.

Voyons pourquoi.

Certains lecteurs (les plus hargneux) croient que l’on est en « démocratie ». Or, on est vraiment en « démocratie » avec des guillemets, et c’est pourquoi cela se gâtera si le FN arrive au pouvoir. Le FN est considéré comme un parti fasciste par tout le gratin mondial, par le bobo parisien, par l’islamiste de banlieue, par l’homme d’affaires allemand, par le fou de Bruxelles, par le patron de l’UKIP et par l’ambassadeur des États-Unis qui déclenchera sans barguigner (lisez, pour voir, le manuel de Gene Sharp) sa révolution orange contre les bleu-blanc-rouge.

C’est pourquoi je dis que cela ne se passera pas comme cela. « On » nous a prévenus et on a bien fait parce que cela ne se passera vraiment pas comme ça, pas plus que cela s’est passé comme ça pour Allende (un programme patriote et social proche de celui du FN, en fait), pour la Serbie, pour la Libye, pour la Syrie, la pauvre Ukraine ou pour Poutine — plus gros morceau à avaler mais ce n’est ni lui ni les passagers d’un avion malais qui les arrêteront.

Le nouvel ordre mondial est là, dur et cruel comme l’homme nouveau de l’autre, il ne s’en laissera plus conter. Le nouvel ordre mondial n’est pas une périphrase, le nouvel ordre mondial c’est un fascisme mondialisé et eschatologique aux ordres du capital financier et de la technoscience, de Ferguson à Odessa en passant par Dubaï.

Alors, bien sûr, il ne faut pas se faire intimider ; alors, bien sûr, il ne faut pas baisser les bras ; alors, bien sûr, il ne faut pas faire le vichyste, le munichois, le croisé des bras, mais il faut quand même s’attendre à être traité d’une manière « démocratique » qui dégénérera en attentats, guerre civile larvée ou déclarée, mur d’argent, franc fracassé, harcèlement ploutocratique, drone écrasé, malveillance nucléaire, « manifestation spontanée », printemps arabe – ce sera le cas de le dire en France —, ce qu’on voudra…

Ceux qui ne me croient pas sont ceux qui devront monter au front les premiers.

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