L'extrême droite européenne, et même l'extrême gauche de Mélenchon, se retrouvent dans le soutien à Vladimir Poutine, à son discours, à sa politique intérieure musclée et à ses aventures militaires. En un certain sens, le soutien à Poutine est le nouveau marqueur des extrémistes en Europe.

Comment l'ancien colonel du KGB a-t-il réussi à faire l'union des extrémismes autour de lui? Cela n'est surprenant qu'à première vue. Il y a entre l'extrême droite et Poutine une convergence des objectifs et des discours. Comme pour les droites et les gauches extrêmes, l'objectif de Poutine est de casser l'Union européenne. L'Europe unie met en évidence la faiblesse de la Russie malgré ses ogives nucléaires. La Russie est un nain économique : une industrie dépassée et une population peu dynamique. Elle ne fait illusion que par ses ressources minières. Sa position serait toute différente face à des États européens désunis. Avec des États-nations européens négociant séparément, le chantage gazier russe serait redoutable. Poutine soutient les partis extrêmes parce qu'ils combattent l'Union européenne. Il cherche à substituer à l'Union européenne son projet d'Union eurasiatique qu'il dominerait.

À cet objectif stratégique s'ajoute une communauté de discours entre les extrêmes et le régime national-fasciste russe. L'ancien communiste a récupéré l'Église orthodoxe pour la trame de l'idéologie de son pouvoir. Un mélange de des valeurs traditionnelles et de valeurs viriles et nationalistes. Poutine, qui a le culot de traiter le pouvoir démocratique de Kiev de « néo-nazi », est à la tête d'une dictature fasciste dont l'autoritarisme intérieur et l'agressivité internationale ne sont plus à démontrer.

Mais que vient faire madame Le Pen dans cette galère? Comment a-t-elle pu accepter que son conseiller Aymeric Chauprade aille soutenir le "référendum" de Crimée ? Électoralement, elle a tout à y perdre. Comment les électeurs peuvent-ils faire confiance à une candidate qui ferait allégeance au dictateur Poutine?

La Russie est un grand pays, et les États n'ont pas d'états d'âme quand il s'agit de leurs intérêts. Mais je doute que l'intérêt de la France soit de chercher une alliance avec la Russie telle qu'elle se comporte aujourd'hui.

Notre intérêt national est certainement de retrouver notre souveraineté, en particulier le contrôle de nos frontières, la maîtrise de notre monnaie, un rôle diplomatique mondial grâce à une politique industrielle, de recherche et de sérieuse. Sur toutes ces questions, vitales, madame Le Pen a un programme crédible. Mais attention, lutter pour la souveraineté de la France - ce qui est nécessaire pour que nous restions maîtres, démocratiquement, de notre destin - ne doit pas nous conduire à rejeter nos alliés naturels et historiques pour tomber sous la coupe d'un dictateur asiatique. Poutine est l'ennemi de la société que nous souhaitons construire : ouverte, démocratique et libre. Il est de ce fait l'ennemi numéro 1 de Marine Le pen.

30 octobre 2014

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