L’été dernier, j’ai séjourné à Samoëns, dans les Alpes du Nord. La belle vallée autrefois agricole a manifestement fait le choix du tourisme. Le joli petit village fait le plein, été comme hiver, partout sortent de terre des résidences luxueuses et des chalets haut de gamme. Les fermes traditionnelles sont rachetées et rénovées par les vacanciers qui les habitent deux mois par an. Les commerces sont prospères et l’ambiance joyeuse.

C’est agréable, les à la montagne : paysages splendides, randonnées spectaculaires, goûteux produits du terroir… un monde un peu idéal, les promeneurs, souvent des familles, se saluent lorsqu’ils se croisent, et dans les refuges tenus par des travailleurs indépendants, on vous accueille avec un repas sympathique et peu coûteux dans un cadre de rêve, ou une nuitée réparatrice sur le grandiose GR5.

Partout également, la forêt reprend ses droits ; les jolies fermes fièrement installées autrefois au milieu des alpages sont maintenant cernées par les arbres ; il y a trois décennies, on comptait autour de ce villages 28 exploitations agricoles, aujourd’hui trois. Trop dur de travailler cette terre ingrate, et la vente d’une parcelle permet d’envisager la fin de vie avec sérénité. Alors on vend, et la vie à la ferme devient mythifiée, dans un musée, sur des gravures… Il y a, paraît-il, davantage de forêt en France maintenant qu’au Moyen Âge, quand le clergé déboisait massivement pour installer les abbayes, et que la France en quasi-totalité paysanne travaillait à la mise en valeur de ce beau pays.

Au cours d’une randonnée, je visite « l’ancienne scierie » et m’enquiers, auprès du marchand de légumes de la grand-place, de savoir s’il y a une scierie à Samoëns. Avec tous ces arbres, on ne manque pas de matière première, n’est-ce-pas ? Et là, j’ai ouvert une porte que je n’aurais pas dû ouvrir : « Une scierie, vous rigolez ; tout le bois vient de Pologne, ici, y a plus que des feignants… le problème, c’est que les gens sont payés à rien foutre, toutes ces allocations, ces rentes et soins donnés à des gens qui ne travaillent pas, c’est foutu, la France est foutue, Madame… »

Alors, je me remémore ces deux hommes blonds que j’ai vus poser la charpente d’un joli chalet, et que j’ai intuitivement pris pour des gars du pays, pour me poser la question : Savoyards ou Polonais ? Hélas partout nous poursuivent les questionnements induits par la réalité d’un monde irrationnel dont les choix économiques révulsent et déroutent. Les ne durent jamais longtemps…

21 septembre 2015

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