Le président a décidé d’entrer en guerre pour sauver Bamako. Certains esprits mal intentionnés y verront un moyen de divertir l’opinion publique française de plus en plus préoccupée par la situation sociale. Une façon aussi de redorer le blason présidentiel en cas de succès militaire facile. Pourtant, dès les premiers engagements, l’ française a connu son premier mort. Surtout, le risque d’un enlisement dans les sables du désert n’est pas négligeable, si d’aventure l’Élysée décidait d’aider le gouvernement malien à récupérer la moitié nord du pays.

Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi la France s’acharne-t-elle à faire survivre un État des plus artificiels qui soient ? Mais issu directement, il est vrai, de son administration coloniale du Sahel. Avant tout, il faut l’admettre, pour une raison spécifiquement idéologique. Elle dépasse les considérations diplomatiques et stratégiques contingentes qu’on ne saurait, bien sûr, ignorer ( d’influence, guerre contre l’AQMI).

En effet, la construction du est la parfaite illustration de la transposition du jacobinisme français au cœur de l’Afrique. Elle repose sur l’idée que l’on peut faire vivre dans un État unitaire des populations que tout sépare, quitte à sacrifier l’autre grand principe de la révolution française, celui du droit des peuples à l’autodétermination et à la souveraineté. En l’occurrence, celui du peuple touareg qui a été poussé, du même coup, dans les bras des islamistes.

Cet entêtement idéologique est à l’origine de bien des déboires de la diplomatie française en Afrique. Dans le cas présent, il serait temps qu’elle prenne enfin compte de l’histoire de la région saharienne et de la distribution ethnique et religieuse des populations qui font que l’existence d’un État touareg serait autrement plus légitime que celle de la plupart des entités en place. Sa reconnaissance éviterait que la France ne continue à s’enfermer dans une impasse, et son établissement, à condition que cet État soit débarrassé des islamistes, lui offrirait un remarquable levier diplomatique par rapport à ses voisins du Nord.

12 janvier 2013

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