Effectivement, il n’y avait pas trois micros français tendus à ce lundi mais bien quatre, dont celui de Boulevard Voltaire. C’est à Libération que nous devons reconnaître l’honnêteté de la précision – une fois n’est pas coutume !

Il va falloir que nos confrères se rendent à l’évidence : nous faisons le même travail et il est donc normal que nous nous croisions de temps en temps sur le terrain. Cette fois-ci, c’était en Syrie, à Alep comme dans le palais présidentiel.

Libération a même été jusqu’à regarder l’interview de Bachar el-Assad sur Boulevard Voltaire puisque sa journaliste y a déniché une phrase qu’aucun autre média présent n’avait diffusé, et pour cause. « Les médias mainstream ont échoué. Leur version a été discréditée. C’est dans les médias alternatifs qu’il faut aller chercher la vérité », a répondu Bachar el-Assad au journaliste qui lui demandait s’il avait un message à adresser à la France.

Et la journaliste de Libération d’ajouter : « De quoi alimenter les théories conspirationnistes sur les médias qui mentent. »

C’est peut-être dans ce de commentaires incessants que notre travail diffère, finalement, alors que nous foulons les mêmes terrains et interrogeons les mêmes gens.

RTL nous en donne un exemple dans l’introduction de son entretien : « Costume et cravate bleu, ostensiblement prévenant, presque séducteur, Bachar al-Assad répond à toutes les questions. Mais il s’agit d’une façade destinée à passer le message. Dans ses réponses, le Président syrien est froid, sans scrupule », explique l’envoyé spécial de RTL à Damas, Thomas Prouteau.

Lorsque je donne la parole à quelqu’un, c’est d’abord pour l’écouter. Pas pour livrer en sus le fruit de mon imagination, en y ajoutant les intentions cachées ou autre pensées secrètes de mon interlocuteur. Parce que je les ignore, tout simplement. Mais peut-être qu’en effet, la capacité à sonder les reins et les cœurs est automatiquement attribuée à quiconque travaille pour un média « reconnu ». Dans le cas présent, j’ai vu un président syrien effectivement accueillant et aimable, et je n’ai aucune légitimité pour affirmer qu’il s’agissait là d’une façade. Ce qui ne m’empêche pas, bien entendu, de savoir qu’une guerre n’est jamais aussi simple qu’un affrontement ente gentils et méchants, bien évidemment.

Il s’agit, en réalité, d’une prise de distance gênée de certains journalistes, qui finit par devenir plus qu’embarrassante après six ans de conflit. Notre mission est d’informer, interviewer Bachar el-Assad est donc part évidente de notre métier. A fortiori lorsque, durant cinq ans et sans la moindre contradiction, on a donné la parole à une opposition comme s’il s’agissait d’un bloc inoffensif… Pourquoi s’excuser d’avoir fait parler un président élu et reconnu alors qu’il était de bon ton de faire parler, trois semaines plus tôt, le soi-disant « maire d’Alep-Est », qui a pour particularité de ne jamais avoir été élu, de ne pas être aleppin et d’avoir été proclamé représentant des quartiers de la ville par… Al Nosra ?

Le parti pris est évident, et il est particulièrement injuste d’accuser de « conspirationnisme » le fait de le dénoncer. Mon interview a été diffusée dans son intégralité, sans commentaire, parce que lecteurs et auditeurs de Boulevard Voltaire sont assez grands pour se faire une idée de la situation par eux-mêmes. Si livrer une interview dans ces conditions vous place dans le camp des « conspirationnistes », alors j’assume.

Pour revenir à la phrase de Bachar el-Assad sur les médias, citée plus haut, elle s’explique sans doute par cinq ans de parti pris aveugle de la part de nombreux journalistes, notamment français. Pendant que beaucoup étaient affairés à commenter depuis Paris, le « média alternatif » qu’est Boulevard Voltaire est parti sur le terrain, pour voir et rapporter. Accepter de le reconnaître pourrait être un début de solution à l’un des aspects de cette « crise de la presse » qui inquiète tant…

10 janvier 2017

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