Culture - Editoriaux - Politique - Société - 18 juillet 2016

Pourquoi la France ? Parce qu’elle est déchristianisée !

Et si la recrudescence du passage à l’acte terroriste parmi les musulmans vivant en France avait quelque chose à voir avec le culte républicain de la laïcité ?

C’est en tout cas le point de vue de l’arabisant Gilles Keppel qui, dans Atlantico, développe cette thèse intéressante. À ses yeux, la laïcité choque profondément les musulmans, en tout cas une partie d’entre eux.

Cette explication n’a rien de surprenant. La France est un des pays latins les plus déchristianisés – les pays germano-scandinaves le sont encore plus. Il faudrait être d’une singulière mauvaise foi pour ne pas établir un lien entre cette déchristianisation et la politique républicaine menée depuis 1880, faite dans un premier temps d’anticléricalisme offensif, puis, depuis la Libération, de relativisme individualiste porté par la société de consommation. Une déchristianisation bien visible, en dépit de la persistance d’un fonds culturel chrétien, qui heurte les adeptes de l’islam : aux jeunes chrétiens qui s’engagent dans les banlieues, on ne manque jamais de dire qu’ils doivent affirmer leur identité chrétienne et leur foi, et qu’ils seront d’autant plus respectés que les jeunes Arabes considèrent les Français comme des mécréants.

Pas surprenante non plus, puisqu’elle relève de l’évidence, l’incompréhension de la laïcité. Le concept même est étranger au musulman pour qui la loi civile ne se distingue pas de la loi religieuse. La vision républicaine de la chose, qui rejette dans le domaine intime toute foi, et refuse toute notion de transcendance, est incompatible avec la foi musulmane. Ne pas comprendre cela, c’est se condamner à invoquer dans le vide des grands principes dénués de sens. Prétendre lutter contre l’islamisme en renforçant la laïcité est une chimère. La nature ayant horreur du vide, la perte de tous repères spirituels chrétiens ouvre grand la porte à l’islam et son application rigoriste.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut accepter les revendications islamiques. La loi sur le voile votée en 2004 – aussi imparfaite et hypocrite qu’elle soit – a mis les salafistes en fureur. La société laïque française est, pour eux, porteuse de l’impiété et de l’inimitié envers l’islam. Se dissimuler derrière la laïcité pour empêcher le port du voile est une erreur majeure. Mais s’il faut interdire ce type de vêtements, c’est au nom de deux principes : la liberté de conscience, qui interdit l’aliénation de la femme dans une catégorie inférieure ; la défense d’une identité française, d’un « paysage » français consubstantiel à notre civilisation dont découle la nécessité d’assimiler les étrangers, c’est-à-dire d’en faire des Français, et non de les intégrer comme un corps étranger dans un organisme différent.

Mais le meilleur moyen de lutter contre l’implantation de l’islam dans notre société reste encore de revenir à une société structurée par quelques principes intangibles : respect de la personne humaine, liberté de conscience, distinction de la loi civile et de la loi religieuse, et par-dessus tout acceptation de ce que certaines choses nous dépassent, que l’Homme n’est pas le maître absolu de toute chose. Certains parleront de Dieu, d’autre de je-ne-sais-quoi. Mais chacun – chrétien ou agnostique – pourrait méditer ce que Charles de Foucauld écrivait il y a un siècle : “Si on veut en faire des Français, il faut en faire des chrétiens.” En leur imposant la laïcité « à la française », on dresse encore plus contre nous des gens qui, quoi qu’on en pense, ne pourront pas tous être renvoyés outre-Méditerranée.

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