Propos recueillis par Baudouin de Saxel

C’est d’une voix tout étranglée que Marie-Neige Sardin, libraire au Bourget depuis trente-cinq années, nous répond. Lundi dernier, elle a entamé une de la faim pour alerter les autorités sur les régulières agressions dont elle est victime. Un combat résolu pour la et la diffusion de la culture.

Quel a été l’élément déclencheur de cette action ?

Vendredi 14 juin, aux alentours de 18 h 30, un individu aussi imposant qu’une armoire à glace a tenté de braquer mon échoppe. Je n’ai dû ma survie qu’à la rapide fermeture d’une porte sécurisée derrière laquelle je me suis blottie. Ayant actionné immédiatement la procédure d’urgence située dans mon magasin, j’ai été mise en relation téléphonique avec l’homme chargé de contacter les polices municipale et nationale. Bien que situées à cinquante mètres de ma boutique, les forces de l’ordre n’ont pas daigné se déplacer avant une heure tandis que mes appels au 17 résonnaient dans le vide. Dans la soirée, je leur ai décrit l’apparence de l’agresseur, vêtu de manière quasi folklorique et donc aisément repérable. Neuf jours ont passé et je n’ai toujours pas la moindre nouvelle d’une éventuelle avancée de l’enquête. C’est la 34e agression dont je suis la victime, et celle de trop.

Comment expliquer que vous soyez devenue la cible de tous ces actes de violence ?

Ils me considèrent comme l’emmerdeuse locale ; celle qui a l’indécence, à l’intérieur de sa boutique, d’imposer des valeurs et un mode de fonctionnement conformes aux lois de la . L’idée même de tenir un endroit dans lequel les gens se comporteraient de manière respectueuse les indigne. Je représente à leurs yeux le dernier bastion de la commune défendant la culture et le patrimoine français, et ils souhaitent visiblement en empêcher la diffusion à tout prix. Pourtant il ne me semble pas que la présence de Balzac ou de Saint-Exupéry soit susceptible d’engendrer quelque trouble que ce soit…

Est-ce représentatif pour vous d’un mal plus profondément ancré dans la société actuelle ?

Ce qui m’arrive depuis des années arrivera malheureusement à d’autres vecteurs du savoir et de la culture. À travers mon action, c’est tout un processus de violence que je souhaite dénoncer. Je n’exige pas la lune, simplement la possibilité d’exercer mon passionnant métier en paix et d’être à cet effet protégée par les pouvoirs publics. Prévenu, le maire n’a pas cru bon d’apporter son soutien à la dernière libraire de la ville que je suis. Aujourd’hui, et en dépit de la faim qui me taraude, je vous assure être obstinée et résolue.

22 juin 2013

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