Editoriaux - Société - Table - 9 juillet 2016

Pourquoi il est nécessaire de faire aimer la France aux jeunes Français…

Dans un ouvrage paru il y a maintenant une dizaine d’années, l’historien Jean de Viguerie opérait une distinction entre deux conceptions antinomiques de la patrie : la conception jacobine et la conception enracinée.

Dans la conception jacobine, la citoyenneté correspond à une adhésion contractuelle à l’idéologie universelle des droits de l’homme. Elle est totalement désincarnée et ne s’inscrit nullement dans un héritage. Elle veut faire du passé table rase. Elle est même prête à exclure, au nom de la tolérance, ceux qui ne partagent pas ses valeurs, fussent-ils des nationaux de souche. Par la terreur s’il le faut. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », proclamait Saint-Just. Au nom de la laïcité, cette conception jacobine renie son héritage chrétien et prétend que la France est autant musulmane que catholique.

Dans la conception traditionnelle, le citoyen est un héritier. Le mot patrie reprend son sens originel, il est la terre des pères, des ancêtres. Et le mot fraternité ne prend son sens que si l’on est des frères d’un même père et d’une même mère. Il s’inscrit dans une longue filiation historique et s’exerce sur une terre sur laquelle il sait qu’elle est le lieu où ses aînés ont peiné, aimé, souffert.

La nation assure la continuité entre vivants et morts, elle est la « terre et les morts », pour reprendre l’expression de Barrès. Elle n’exclut personne pour autant que ses hôtes, à l’image d’un enfant adopté, acceptent de s’inscrire dans cette lignée comme l’ont fait les légionnaires « français par le sang versé ». Dans cette optique, l’identité n’est pas une simple carte administrative qui permet d’obtenir des droits et exige peu de devoirs.

Elle n’est pas non plus figée car la tradition doit être vivante. La tradition étant ce qui transmet, elle suppose sans cesse un renouvellement, mais ce renouvellement ne se fait pas ex nihilo sans référence à la chaîne ininterrompue des aînés. Elle se fait dans la continuité.

Autrement dit, la conception déterministe de la nation – une nation, c’est un héritage – ne s’oppose pas à la conception volontariste d’un Renan : « une nation, plébiscite de chaque jour ».

Dans ces conditions, il est permis de douter que le simple fait d’agiter un drapeau ou de faire chanter “La Marseillaise” suffira à créer une communauté de destin dans l’universel. Une nation bâtie sur du sable ou sur l’idéologie ne pourra, à terme, prospérer sauf à prospérer dans le sang. Elle ne peut être qu’une simple juxtaposition de communautés dont la vision du monde est parfois radicalement différente. L’enthousiasme de la Coupe du monde de football de 1998 a été rapidement altéré, quelques mois plus tard, par la retransmission du match France-Algérie montrant ces jeunes supporters, de nationalité française, brandissant des drapeaux algériens.

Dès lors, sans vouloir exclure qui que ce soit, il nous semble impératif aujourd’hui de redonner aux jeunes Français le sens de l’amour de leur pays et de leur faire aimer la France, pour que l’exemple de ce rayonnement retrouvé puisse retisser les liens sociaux éclatés par une société en proie au doute…

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