Monsieur Joris Karl, je viens de lire votre tribune consacrée à la proposition d’abaisser le droit de vote à 16 ans. Comme vous, je m’insurge contre le rouleau compresseur du “progrès”, faisant table rase des lois naturelles qui structuraient autrefois notre civilisation. Je vais même vous dire mieux : j’appartiens à une génération sacrifiée sur l’autel du « sens de l’histoire » contre lequel vous vous élevez avec raison. Mais je ne suis pas d’une génération perdue.

Car la réalité n’est pas conforme à la fiction libertaire des représentants autoproclamés de la jeunesse. Selon un sondage CSA, 87 % des 15-18 ans pensent que l’autorité est quelque chose de « positif », 52 % d’entre eux pensent que leurs parents « n’ont pas assez d’autorité », 66 % font le même constat au sujet de leurs enseignants et 38 % pensent que, « pour exercer une bonne autorité », leurs parents devraient « rappeler de grands principes comme le bien et le mal ».

Selon une étude britannique, « des centaines de milliers [de jeunes] à travers l’Europe se tournent vers les mouvements populistes (…) inquiets de l’érosion de leur identité culturelle et nationale ». Un tiers d’entre eux a moins de vingt ans. Sachez qu’en Autriche, pays que vous évoquez dans votre article, pour leur première participation électorale en 2008, 40 % des moins de 18 ans avaient voté pour le FPÖ et 10 % pour son rival le BZÖ. Ainsi, la moitié de ces primo-votants a plébiscité la défense de l’identité autrichienne. En France, si nous n’avons pas de chiffres pour les moins de 18 ans, personne ne peut ignorer le “carton jeune” de Marine Le Pen. Évidemment, ce n’est pas le Front national qui importe, mais ce que la jeunesse française souhaite exprimer à travers ce vote : la peur légitime de voir leur pays disparaître sous les flots de l’immigration-invasion.

À l’inverse, nous explique Christophe Guilluy, les seniors sont « un frein à l’expansion des mouvements populistes européens »… Et à toute forme de changement par ailleurs. Car leur comportement électoral est fondamentalement conservateur : c’est la prime au « plus expérimenté », c’est-à-dire aux oligarques de la scène politique. Or, ils sont un tiers des votants. Cela pose une sérieuse question de morale démocratique : est-il normal que le bulletin de vote d’un retraité pèse plus lourd que celui d’un jeune dont la vie reste à bâtir ? On invoque souvent le prétendu manque de maturité des moins de 18 ans : est-il plus marqué que celui des seniors qui empêchent toute réelle alternance alors que, depuis quarante ans et sans succès notoire, les politiques se suivent et se ressemblent ? Un apprenti boucher est-il moins conscient des réalités sociales qu’un retraité de l’Éducation nationale, qui bénéficia toute sa vie d’un statut privilégié ?

Le droit de vote à 16 ans n’est pas un privilège jeuniste, c’est un rééquilibrage des pouvoirs. Une réappropriation légitime de notre destin confisqué par la gérontocratie au pouvoir.

28 août 2013

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