Le PSG ne m’a jamais fait dresser un poil de moustache. Bien sûr, comme bon nombre de contribuables parisiens, j’ai usé de temps à autre les tribunes du Parc des Princes, plus en office de catharsis qu’en supporter, et comme tous les patriotes qui se respectent, un match contre les Anglais, même si c’est le PSG qui représente la France, reste une revanche de Waterloo.

Alors quand Zlatan et son pif de Cyrano fessent Chelsea, ne radinons pas sur les hommages : une Légion d’honneur, une descente des Champs-Élysées sur un char Leclerc, une statue place Vendôme, son autobio à La Pléiade et une station de métro à son nom.

Ce n’est que mérité et il le reconnaît bien volontiers : « Sans manquer de respect à personne, le PSG est né quand le est arrivé, il y a trois ans et demi. » Et leur effigie, c’est lui. Pas fou, le Viking. Dahleb, Sušić, Leonardo, Raí, Ronaldinho, Fernandez, Pauleta, Bianchi, Weah… juste du joueur de bac à sable, juste du Ballon d’or et des champions du monde, juste des parfums que le grand Suédois ne reniflera jamais. Mais peut-on lui reprocher cet Alzheimer précoce ? Le problème n’est pas qu’il le pense – reconnaissons-lui au moins de la cohérence dans son égocentrisme – mais qu’il le dise sans susciter la moindre réaction.

Les représentants de l’institution, garants de l’identité, n’ont pas bronché, pas plus que les supporters, garants de l’Histoire.

« L’argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner. Il l’emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu’il demande un effort d’attention tellement moins grand. Rien n’est si clair et si simple qu’un chiffre », écrivait Simone Weil. Nous en sommes là. Un but, une victoire, un titre gomment tout, jusqu’à notre identité. Seul le résultat compte. C’est la philosophie de notre en France.

Le football, ce n’est pas grand-chose, certes, mais il est le miroir d’une société.

Zlatan annexe le club qui l’accueille, chèrement, au lieu de l’incarner. Il excommunie le passé du PSG avec la bénédiction des comptables de son héritage, certain d’écrire la première page de l’histoire. Mais en refusant de perpétuer l’histoire, on ne commence rien, sinon l’ère de l’indifférence.

Si aujourd’hui même une chose aussi naturelle que la passion ne se transmet plus, ce n’est pas seulement notre que nous allons perdre, mais notre condition. Après tout, qui sommes-nous sinon des êtres de relation appelés à transmettre aux générations à venir, et d’autant plus libres d’entrer en relation avec les autres qu’ils sont ancrés dans une histoire, une patrie, une famille, une identité ?

11 mars 2016

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