Editoriaux - Radio - Sport - 14 mai 2016

Pour l’Eurovision, une Autrichienne a choisi de chanter en français

Le secrétaire d’État à la francophonie, André Vallini, vitupère le choix de la chanson reprise du groupe Kiss, « I was made for lovin’ you », comme « hymne » de l’équipe de France de ballon aux pieds sélectionnée au championnat européen de la discipline, qui se tiendra en France en juin prochain.

La consternation du sous-ministre s’étend également au chanteur Amir Haddad qui représentera notre pays lors de la finale du gigantesque radio-crochet de l’Eurovision ce 14 mai en Suède. En effet, le refrain de sa chanson « J’ai cherché » est intégralement en anglais. Sans doute un snobisme d’artiste hors-sol…
Une tempête dans un verre d’eau ?

Sans doute, au regard des maux apparemment bien plus graves qui affectent notre pays, du Grand Remplacement au chômage, en passant par la désindustrialisation, le terrorisme et l’affaissement intellectuel et moral généralisé.

Toutefois, reconnaissons que le courroux de l’ancien député de l’Isère est plus que justifié, ce dernier assumant pleinement son rôle. « Il est incompréhensible que lors de deux grands événements populaires, la langue française baisse pavillon ! », se lamente-t-il.

Mais n’eussent été à l’occasion de ces deux uniques événements que la France se fût illustrée d’aussi singulière manière, que l’on ne lui eût certainement pas tenu aussi grande rigueur.

Nos esprits chagrins se consoleraient vraisemblablement en écoutant alors Zoë Straub, charmante et envoûtante autrichienne qui portera les couleurs de son pays avec une chanson qui, bien que mièvre et commerciale, sera interprétée par la belle en… français. Assurément, cela nous changera de l’icône transgénique qui remporta, de façon aussi prévisible que grotesque, le prix de l’Eurovision 2014.

L’on s’en réjouirait, en effet, si la langue française n’avait pas subi le grand déclassement qui est le sien depuis quelques décennies. Qu’une artiste étrangère ait « choisi » notre langue au détriment de sa langue maternelle démontre que le français est finalement devenu un banal produit de communication sur le grand marché idiomatique dominé par l’anglo-américain.

Communication. Voilà, ainsi, lâché ce mot-clé de « l’anglobalisation » qui n’en finit plus d’être à la mode au point de s’être substitué à la « langue », comprise en sa double acception, biologique et philologique, et caractérisant, comme nulle autre, notre intrinsèque façon d’être. L’essayiste Paul-Marie Coûteau, ex-député européen ayant vu à l’œuvre, de l’intérieur, la destruction consciencieuse de notre langue par ses innombrables reculs en rase campagne anglomaniaque, observait que « réduites à leur fonction de communication la plus élémentaire, les langues se trouvent mélangées au point de paraître interchangeables dans l’esprit public » (Être et parler français, Perrin, 2006).

Il est, par surcroît, symptomatique que les deux « événements » concernés par cette translation dialectale soient la chanson et le ballon aux pieds. Le « show » et le sport « business ». Le pain sans levain de la « grande déculturation » (si brillamment disséquée par Renaud Camus dans un essai éponyme) de masse, d’un côté et les jeux « racailleux » du Barnum Circus mondialisé, de l’autre.

Mais comme l’écrit encore Coûteau, « il est vrai que le village global ne parle pas, il produit, il commerce et il consomme ». CQFD.

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