Un grand chef d’orchestre réunissant, une fois par semaine, des enfants issus de milieux et de quartiers défavorisés pour leur apprendre à jouer ensemble de la musique classique : cela s’est passé à Pau. Les résultats sont, paraît-il, surprenants en matière d’intégration, de discipline et de lutte contre l’absentéisme scolaire. Les apprentis musiciens apprennent en même temps la musique et la rigueur. De même, à Paris, un partenariat permet à des collégiens de s’initier aux métiers de l’opéra et de prendre confiance en eux.

Ce type d’expériences, trop peu connues, devrait conduire tous ceux qui s’intéressent à l’éducation à réfléchir aux moyens d’élever, de tirer vers le haut des enfants qui, comme l’écrivait Jacques Prévert, n’ont pas eu que des fées autour de leur berceau. Il ne s’agit pas de prôner dans l’ l’expérimentation à tout va, ni des méthodes systématiquement ludiques. Mais, à côté de l’enseignement disciplinaire, sans le supplanter, d’autres activités pourraient concourir à développer chez certains élèves les qualités nécessaires à une éducation efficace.

Les élèves, même les plus indociles, sont sensibles à l’exigence. Ils préfèrent un professeur qui les instruit, l’apprentissage fût-il difficile, à un démagogue qui croit se mettre à leur portée en cédant à leurs caprices. En initiant des élèves à la musique classique plutôt qu’au rap, en exigeant d’eux la persévérance d’un professionnel, on leur montre qu’on les prend au sérieux, que la culture n’est pas réservée à une élite, que des Mozart peuvent naître parmi eux.

Ce qui est vrai de la musique est également vrai d’autres disciplines, notamment du français. Un professeur enseignant dans un collège de réseau prioritaire m’expliquait, récemment, comment il étudiait Le Cid avec des élèves de 5e. Et ça marchait ! Il arrivait à motiver les élèves, contents d’accéder à un chef-d’œuvre de la littérature. Tiens donc ! La culture n’est pas réservée aux bourgeois ni aux bouffons ?

De même, le latin, cette matière « élitiste » que le ministère s’acharne à supprimer : ce devrait être un de base pour tous les élèves, à commencer par les élèves des établissements prioritaires. Ils y apprendraient la rigueur, le sens de la syntaxe, l’étymologie du vocabulaire français et, peut-être, les recettes d’un ciment qui a uni les peuples méditerranéens. Ce serait plus constructif que de jouer aux mauvais jardiniers qui arrachent toutes les racines.

Utopie, diront certains ! Non ! Il s’agit de volonté politique. Il faut avoir, pour cela, le courage de rompre avec les dogmes qui ont sapé les fondements de l’instruction publique : le collège unique, qui n’est qu’un collège « inique » ; l’égalitarisme, destructeur de la véritable égalité ; la diabolisation des vertus de l’effort et du mérite. Car les talents peuvent s’exercer dans tous les domaines. Encore faut-il leur donner l’occasion de se manifester. Il faut proposer à tous les élèves, y compris dans les difficiles, la possibilité de tendre vers l’excellence.

Certes, tous les élèves ne sont pas des Mozart en puissance, mais tous ont besoin de se frotter à l’exigence. La plupart ont de l’ambition et, s’ils n’en ont pas, il faut la susciter. Ce sont les adultes, les organisateurs du système éducatif, ces apprentis sorciers technocratiques et irresponsables, qui manquent d’ambition !

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23 juin 2016

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