Editoriaux - Histoire - Médias - Politique - Société - Table - 29 avril 2015

Pour Jean-Marie Le Pen, les emm… volent en escadrille

Selon Jacques Chirac, interprétant à sa manière la loi de Murphy, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Son vieil ennemi Jean-Marie Le Pen – « J’ai coutume de dire longue vie au président Chirac ! Et, surtout, que Bernadette continue à l’emm… le plus longtemps possible ! » — semble éprouver cette formule et en démontrer le bien-fondé. À croire que le destin s’acharne sur le président d’honneur du Front national.

Alors que le Menhir semblait entré dans une retraite bien méritée, il a brutalement ressurgi dans le paysage politique avec sa petite phrase du 8 juin 2014 sur la « fournée » qui a déclenché l’ire des ligues de vertu. Dix mois plus tard, le 2 avril 2015, provoqué par Jean-Jacques Bourdin, il récidivait sur l’histoire du « détail » qui, quoique ancienne (1987), le poursuivra jusqu’à la fin. Non content du scandale provoqué par ses propos, Jean-Marie Le Pen accordait quelques jours après un entretien à Rivarol, journal obsessionnellement antisémite, à l’occasion duquel il s’épanchait longuement, ajoutant quelques propos sur Pétain qui, quoi qu’on pense du personnage et des jugements de l’Histoire, sont à la fois inaudibles et insupportables à notre société manichéenne. Donc nuisibles à l’image du FN.

Les réactions n’ont pas tardé : menacé d’exclusion du parti et convoqué à cette fin devant le bureau politique, le Vieux s’est retrouvé hospitalisé à 86 ans pour des problèmes cardiaques. Entre-temps, il a été contraint de retirer sa candidature à la tête de liste FN en région PACA et, cerise sur le gâteau, prié de ne pas prendre publiquement la parole lors du défilé du 1er mai. On doute qu’il résiste à l’appel des journalistes… On croyait l’escadrille enfin passée quand Mediapart a annoncé, mardi, l’existence d’un possible compte en Suisse, information reprise en boucle – et pas toujours au conditionnel – par tout ce que notre pays compte de médias bien-pensants.

Jean-Marie Le Pen inspire des sentiments contradictoires de rejet ou de fidélité. Mais ses propos sont des fautes politiques et nuisent à son mouvement. Et cette succession d’événements n’est pas fortuite. Elle procède, au contraire, de la conjugaison de deux causes : des provocations inadmissibles d’un opposant à vie, qui relèvent de sa seule responsabilité, et qui ne sont pas innocentes ; de médias malveillants par essence envers un parti qu’ils haïssent. L’insidieuse question de Bourdin date du lendemain des départementales. La « révélation » du compte en Suisse intervient l’avant-veille du défilé du 1er mai, très symbolique pour les patriotes, et alors que l’image de Marine Le Pen semble s’améliorer après la fermeté dont elle a fait preuve ces dernières semaines. Et il y a fort à parier que l’automne 2015 verra éclater une affaire destinée à éclabousser Marion Maréchal-Le Pen, qui pourrait bien emporter la mise aux régionales et qui reste inattaquable, au désespoir de ses ennemis. Edwy Plenel y travaille sans doute. Tout cela n’est pas fortuit.

Le vieux lion se couchera-t-il enfin pour mourir en paix ? Le personnage est trop complexe pour rester sur le devant de la scène politique sans entraver la progression d’un parti qui ne lui appartient plus. Sa seule présence sert d’épouvantail à tous ceux qui pourraient éventuellement rejoindre le Front national, ou y revenir. Sa volonté de nuire à l’équipe en place l’empêchera-t-elle de se taire ? Le psychodrame familial au FN n’a que trop duré.

Il appartient désormais au patriarche de cultiver ses rosiers. C’est le plus grand service qu’il pourrait rendre à la droite française.

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