Même s’y met. Décidément, la famille gaulliste affectionne de s’entre-déchirer, de petites phrases assassines en procès d’intention, de coups de pieds de l’âne en chausse-trapes. Mais est-elle une famille ? Et, surtout, est-elle « gaulliste » ?

L’ancienne plume de Nicolas Sarkozy semble nourrir une certaine aigreur à l’endroit de ses amis des Républicains. Forcé, en septembre dernier, de rendre les armes avant même d’avoir pu combattre, faute de parrainages nécessaires pour concourir à la « primaire de la droite et du centre », le député des Yvelines ne se contrôle plus et lâche ses coups.

Assurément, l’homme en a été froissé et n’a de cesse, depuis lors, de cogner à coups redoublés sur un système instauré par les apparatchiks de son parti, qu’il a probablement dû valider par son vote au sein des instances d’icelui et auquel il était manifestement disposé à se soumettre avant de déclarer forfait.

Fillon désormais désigné par la vox dextera, notre gaulliste sourcilleux s’emploie à minimiser la portée d’un succès qui n’est nullement « représentatif de l'opinion française ». Néanmoins, l’amertume pousse notre homme à mettre l’accent sur ce qui pourrait être une clé décisive non exploitée de la campagne présidentielle balbutiante : « Beaucoup ont voté contre Nicolas Sarkozy, beaucoup ont voté contre Alain Juppé, et le résultat est que François Fillon a peut-être servi d'instrument pour tenter d'éliminer l'un et l'autre. Ce n'est donc pas forcément une adhésion à un programme » (Atlantico, 26 novembre).

Et si c’était vrai ? Insistant sur la volatilité de l’électorat autant que sur son insaisissabilité, Guaino rassurerait presque une Marion Maréchal-Le Pen s’inquiétant de ce que l’ancien Premier ministre de Sarkozy soit le candidat « le plus dangereux pour le FN. […] Nous aurions dû être alertés par les signaux qu’il a adressés aux catholiques et à la droite hors les murs, à la Manif pour tous en particulier. Nous ne l’avons pas vu, pas plus que les médias au demeurant » (Marianne, 23 novembre).

Eu égard à l’enfermement stratégique imposé par Florian Philippot à la patronne du FN, notamment par un « ni droite ni gauche » proclamé, urbi et orbi, par cette dernière, le risque existe, en effet, de passer à côté de la droite sociologique, pourtant majoritaire dans le pays réel, ce, afin de ne pas effrayer la gauche qui, de toute façon, excepté aux marges, ne la rejoindra pas dans l’isoloir.

Cela dit, tout espoir n’est pas perdu pour le Carré. Guaino relève, à juste titre, qu’« il est un peu court de penser que l'on va emmener la France sur la voie de la prospérité et de la cohésion uniquement en diminuant le nombre de fonctionnaires, en sabrant aveuglément dans les dépenses publiques ou en supprimant les heures supplémentaires. Ce que je discerne derrière tout cela, c'est peut-être le pire programme de casse sociale qui a été imaginé depuis 1944. »

C’est parfaitement bien vu, d’autant, précise-t-il, que « la politique française a beaucoup de mal à sortir des idées des 40 dernières années. Au moment même où le monde entier tourne la page, nos responsables s'accrochent à ces idées et tentent de les pousser encore plus loin ».

À la vérité, il n’y a rien dans le programme de Fillon qui emprunterait en quoi que ce soit à un lointain gaullisme – d’ailleurs aussi anachronique que frelaté –, même mâtiné de christianisme social. Produit d’une oligarchie dont il soutint activement les pires impolitiques durant trente ans, ses actes plaidant contre lui, Fillon est proprement incapable d’aggiornamento idéologique. Comme disait le prophète Jérémie, la panthère ne change pas de pelage.

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28 novembre 2016

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