Dimanche 11 avril, sur le plateau de France 3, Éric Dupond-Moretti était questionné au sujet de la stratégie vaccinale dans les prisons françaises. Sans surprise, le Garde des Sceaux s’est voulu rassurant : « J’ai tenu à ce que les détenus soient vaccinés dans les mêmes conditions que le reste de la civile. » Des droits à respecter qui vont jusqu’à celui de refuser de se faire administrer le vaccin AstraZeneca car, prend-il la peine de préciser, les prisonniers « ne sont pas des cobayes »

Cobayes : le vilain mot est lâché. Anxiogène, il nous renvoie immanquablement à ces périodes sombres de nos histoires, celles des camps d’internement nazis connus pour avoir été le théâtre de pratiques expérimentales humaines. Non sans précédent car, à la même époque, on le sait moins, mais les Américains n’étaient pas en reste. Dans l’Illinois, des recherches scientifiques ont été menées sur du matériel humain, en l’occurrence des prisonniers.

En France, nous sommes loin du compte. Grâce à Éric Dupond-Moretti, les droits de nos détenus sont à l’abri. Ceux du reste de la population peut-être un peu moins. C’est cette utilisation maladroite et angoissante du mot « cobaye » qui nous y fait penser.

En effet, la question de la liberté totale de se faire vacciner ou non reste entièrement ouverte pour le reste de la population. À cet égard, les chiffres sont étonnants car on apprend que « l’adhésion à la vaccination a fait un bond en quatre mois ». Les Français, très méfiants au mois de décembre (ils n’étaient que 42 % à se déclarer prêts à se faire vacciner, et 70 % aujourd’hui), semblent avoir gagné en sagesse et en maturité en quelques semaines seulement. À moins que ce revirement ne soit dû aux effets secondaires d’une certaine pression psychologique, conséquence naturelle des multiples confinements, décomptes d’entrées en réanimation, de , annonces d’instauration de pass sanitaires variés, menaces de ne pas retrouver la vie d’avant, interdictions probables de voyager, accès restreints aux , musées, etc.

Autre ombre au tableau : parmi les adhérents à la stratégie vaccinale, nombreux sont ceux qui, redoutant les possibles effets secondaires du fameux AstraZeneca, le refusent. Un chiffre estimé à 71 %, qui ne cesse de croître, paraît-il. Ceux-là ont-ils réellement le choix ?

Non, répond le site officiel du ministère chargé de la Santé, « il n’est pas possible de choisir son vaccin. Vous serez vacciné avec le vaccin disponible dans le centre choisi (ou chez votre médecin ou pharmacien) ». Trois explications sont avancées : une raison d’ordre logistique, tout d’abord, puisque les médecins généralistes n’étant pas équipés pour stocker le vaccin Pfizer n’en disposent tout simplement pas. Pas d’offre diversifiée, non plus, car la France fonctionne en flux tendu. La troisième raison tient à la stratégie vaccinale elle-même menée par les autorités de santé. Avec raison, peut-être, l’avenir nous le dira : chaque vaccin étant ciblé pour une catégorie de population, chacun reçoit le vaccin adapté à sa situation, notamment en fonction de son âge. Il n’est donc pas possible d’opter pour son vaccin préféré.

De quoi légitimement déduire qu’en cette matière, la liberté pleine et entière des Français est quelque peu écornée. « Nous sommes en guerre », nous avait prévenus Emmanuel . Une bonne raison, sans doute, de tolérer certaines entorses aux droits fondamentaux des individus.

Ceux des détenus sont bien gardés. Espérons que cette même liberté de choix des personnes âgées dans les EHPAD, ces pionnières de la vaccination de masse, aura été scrupuleusement sauvegardée, qu’aucune menace de privation de réfectoire ou de visite familiale n’ait été proférée. Il est heureux d’apprendre que nos prisonniers ne seront pas des « cobayes ». Formons le vœu que ce principe de précaution s’applique à tous…

22 avril 2021

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