Pouilly-en-Auxois. Connaissez-vous cette petite commune de Côte-d’Or, « point de partage des eaux entre Seine, Loire et Rhône », dont il sied de prononcer le nom “Auçois” et non point “Aucsois” ? Ce très joli village d’à peine 1.600 habitants mérite plus que jamais qu’on porte ses regards vers lui. C’est là que toutes les bonnes âmes de France doivent converger. Une grande fête de la bonté s’y déroule en effet depuis le début du mois de février. Une kermesse fraternelle, avec jeux d’altérophilie (sans h) et concours de charité qui ne commence pas par soi-même.

Frère Daniel Schneidermann commenta ainsi les réjouissances : “Un peu d’actualité heureuse. 22 demandeurs d’asile venant majoritairement de la corne de l’Afrique, en attente de la réponse à un dossier déposé à l’OFPRA, ont été accueillis […] dans une ancienne caserne de gendarmerie, où ils seront logés à quatre ou cinq par appartement. Ils ont été chaleureusement accueillis par la population locale. Le quatre étoiles du coin a même organisé, pour la Chandeleur, une “crêpes party”, à laquelle ils ont participé […]. Le maire a proposé de les y emmener “dans sa voiture, s’il le faut”.”

Notez bien le « s’il le faut ». Le chevalier-maire de Pouilly-en-Auxois peut transformer son village en terre d’accueil où tout un chacun, du moment qu’il le demande poliment, aurait droit au bonheur. Droit au relogement d’urgence. Droit aux crêpes d’un chef étoilé. Droit d’acheminement motorisé par un élu de la République. S’il le faut. Et bien sûr, il le faut. L’occasion est trop belle de se pavaner aux yeux du pays tout entier avec un manteau de saint Martin. C’est très bon pour l’image.

Un jeune guide du château de Chailly, qui abrite le restaurant où le chef Dominique Quay a organisé la « crêpe party », a déclaré la bouche en cœur : “Je suis sûr que les anciens seigneurs, s’ils avaient appris qu’il y avait une personne qui venait d’un pays aussi lointain que les dunes du Sahara, ils auraient été ravis de l’inviter sous leur toit.” On est grand seigneur, à Pouilly, et on le fait savoir sur France 3. Que de belles personnes à Pouilly, si humaines, si nobles, si parfaitement désintéressées. Puissent-elles inviter tous les désargentés de la région à déguster quelques douceurs de la haute gastronomie ! Pour le vin, un vosne-romanée devrait suffire.

Afin de désengorger un peu Calais, on s’est promis d’accueillir au total 60 réfugiés dans ce havre bourguignon, qui devient de fait une sorte de laboratoire du « vivrensemble » forcé. Les réactions « nauséabondes » de certains habitants – récriminations, courriers, menaces d’adhésion rapide au Front national et autres crimes insoutenables – sont une raison de plus de s’indigner et de montrer sa figure d’ange aux caméras. Le maire de Pouilly ne s’est pas privé de porter plainte contre l’auteur d’un courriel de protestation « particulièrement insultant ». Il y a vraiment trop peu de gentils Sahariens à Pouilly-en-Auxois.

25 avril 2015

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