Pot aux roses : sur l’austérité, on nous ment !

Les médias traditionnels ne vous en parleront pas. Et pour cause : la doxa journalistique au sujet de l’austérité vient de perdre beaucoup de sa superbe. L’enjeu est de taille, tant la décision de comprimer les dépenses et d’allouer une grande partie des recettes fiscales à la résorption de la dette entraîne des conséquences économiques majeures : désindustrialisation, chômage de masse, souffrance au travail, tensions sociales… Nous avons tous entendu ce discours trop univoque pour être convaincant : les économies européennes et la France en particulier seraient coupables, elles auraient mis en danger l’avenir des générations futures en cautionnant une fuite en avant budgétaire intolérable.

Ce vocabulaire moral a présidé à bien des commentaires érudits sur les décisions prises de par le monde : Les Échos s’effrayaient de la politique monétaire non conventionnelle du Japon, l’UMP Canal Libéral prédisait l’implosion en France si des solutions drastiques n’étaient pas prises pour réduire le poids de la dette. Michel Sapin s’échina même à démontrer combien son parti n’avait plus, de socialiste, que le nom.

Terminus, tout le monde descend. Comme le titre Business Insider, la guerre économique vient d’être remportée par les opposants à l’austérité dans un éclat qui fera date. Retour en arrière.

Deux célèbres économistes américains, Reinhart et Rogoff, ont publié en grande pompe, en 2010, un article établissant que si un pays avait un ratio de dette par rapport au Produit intérieur brut supérieur à 90 %, celui-ci ne pouvait connaître qu’une croissance nulle ou très limitée. Une telle assertion demandait bien évidemment des fondements statistiques. Or, les deux compères avaient refusé jusqu’ici de dévoiler leur appareillage mathématique. Las, une fois celui-ci découvert, le scandale est de taille : les deux économistes ont modifié certaines données pour qu’elles conviennent à leurs vues. Ils ont commis des erreurs de programmation sur leurs fichiers Excel et supprimé les variables de certains hauts taux d’endettement alors que ce sont ces situations qui infirmaient le plus leurs propos. C’est le fondement théorique de l’austérité en Europe et dans le monde qui est battu en brèche. Celui-là même qui avait légitimé la Grande Récession.

Quelques séides français ne manqueront pas de répondre que la réalité prend le relais des travaux économiques invalidés. Ils considèrent en effet que les efforts d’austérité budgétaire imposés à la Grèce ou décidés en Angleterre par David Cameron sont là pour leur donner raison. Or, une once de bon sens atteste des méfaits des politiques restrictives : l’austérité déprime toute la demande européenne conduisant à des croissances atones en Allemagne et nulles en France. Elle ne profite qu’à certaines banques qui voient leurs bilans renforcés par la préservation de la confiance dans les obligations d’États. Elle explique largement les fermetures d’usine en cours.

Ce sont les mêmes qui prétendaient que le Japon imploserait suite à sa politique keynésienne. Les mêmes qui soutenaient l’ordre spontané du marché qui conduisit à la crise des subprimes. Les mêmes aussi qui conseillent bien des membres de l’UMP… Alors, du balai ?

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