Georges Brassens a déjà tout dit et tout chanté : “Quand on est con, on est con, l’âge ne fait rien à l’affaire.”

Pour la magistrature, j’ai toujours considéré que la jeunesse des juges d’instruction ne devenait un problème que s’il y avait, en plus, un défaut d’intelligence et de sensibilité. Ce n’est pas l’âge du juge Burgaud qui créait la difficulté mais le reste qui était l’essentiel. Ce dernier peut aussi bien gangrener l’aurore que le midi ou le crépuscule.

À intervalles réguliers, quand des élections ont suscité un bouleversement, voire un séisme, on se penche sur l’âge des gouvernants et sur celui de la classe politique, gauche et droite confondues, en s’esclaffant sur les “vieilles barbes”.

Et on s’étonne, et on aspire au renouvellement mais en même temps force est de constater, comme après le 13 décembre, que “les papys, en politique, font de la résistance” (Le Parisien).

L’illusion est de croire qu’au sein de l’univers politique – on peut admettre le constat de Michel Wieviorka pour qui le “système politique est congelé” -, avec sa logique, ses contraintes, son rituel, ses ambitions, son langage spécifique et son autarcie malgré le fait qu’il doit convaincre au-delà de lui, l’âge aurait une importance décisive alors que tout démontre le contraire.

Les jeunes pousses affichent, certes, une volonté de renouveau et tentent de nous persuader qu’avec elles, on ferait de la politique autrement. Mais quel citoyen croit à ces billevesées obligatoires dans des discours formatés, mais absolument pas plausibles ?

Il y a une fatalité des structures partisanes qui impose une technique, des comportements, des réflexes et des perversions indépendants de l’âge mais ayant tout à voir avec la pesanteur du politique.

Le débat sur les “papys” et les plus jeunes n’a donc aucun sens parce que l’exercice du pouvoir, des responsabilités à quelque niveau qu’elles se situent et l’affirmation des ambitions réduisent tous les intéressés à une sorte de dénominateur commun à peine subverti par la nature de gauche ou de droite des projets. La substance idéologique des programmes est sans incidence sur le noyau dur et le cœur inaltérable de la machine politique : les postures similaires de ceux qui, de tous âges, vivent dans ou de celle-ci.

Jeunes et moins jeunes inévitablement mêlés dans une même course qui les confronte aux aléas, aux obstacles, aux élections, aux victoires et aux échecs et les constitue, dans tous les cas, comme les membres à part entière d’une communauté solidaire et corporatiste. Ils passent en premier : avant le peuple.

Il y a des exceptions, des ruptures, des étonnements. Il y a des personnalités à la fois atypiques et à ce point déconnectées des circuits traditionnels, tentées par l’absence mais encore militantes dans l’âme, qu’elles peuvent laisser croire à des arrachements, à des surprises possibles, à l’incroyable apparition d’une nouveauté véritable. À un certain moment, quoi qu’on pense de son obsession révolutionnaire dans un pays aux antipodes de cette fièvre, quelqu’un comme Olivier Besancenot semblait inventer une autre façon de faire et cultiver une autre manière d’être.

En politique comme ailleurs, “quand on est con, on est con”.

Extrait de : En politique, l’âge ne fait rien à l’affaire !

26 décembre 2015

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